Automobile : la « PlayStation Car » conçue par Sony et Honda restera un projet confiné au garage

LancĂ© sous les projecteurs du CES, portĂ© par le prestige de la PlayStation et l’expertise industrielle de Honda, le concept Afeela promettait de fusionner divertissement immersif et mobilitĂ© propre. En l’espace de trois ans, la berline bardĂ©e d’écrans est pourtant passĂ©e du statut de star Ă  celui de simple Ă©tude de style, jusqu’à ce communiquĂ© lapidaire publiĂ© au printemps 2026 : Sony et Honda mettent fin Ă  leur collaboration. Sur un marchĂ© Ă©lectrique en mutation rapide, l’« Automobile PlayStation » n’aura jamais quittĂ© le garage.

Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news.
✅ Le projet Afeela, dĂ©clarĂ© en 2022 et soutenu par Sony Honda Mobility, est officiellement abandonnĂ©.
✅ DĂ©lais de dĂ©veloppement, autonomie limitĂ©e et coĂ»ts explosifs ont poussĂ© les deux groupes Ă  jeter l’éponge.
✅ Les fonctionnalitĂ©s gaming promises reposaient surtout sur le cloud ; la voiture aurait servi de simple terminal.
✅ L’abandon illustre la guerre acharnĂ©e qui secoue la voiture connectĂ©e face Ă  Tesla, BYD ou Stellantis.
✅ Sony garde un pied dans la mobilitĂ© via ses capteurs, tandis que Honda recentre ses forces sur son alliance avec General Motors.

Chronologie du Projet Afeela : de l’annonce triomphale au coup de frein dĂ©finitif

Janvier 2023, Las Vegas. Les camĂ©ras scrutent la scĂšne lorsqu’un prototype gris perle se glisse dans la lumiĂšre. L’effet d’annonce fonctionne : Sony n’est plus seulement un gĂ©ant du jeu vidĂ©o, il veut rĂ©inventer la mobilitĂ©. À ses cĂŽtĂ©s, Honda assure la partie mĂ©canique. Les deux partenaires jurent que la « PlayStation Car » atteindra les concessions dĂšs 2026. Cette premiĂšre Ă©tape dĂ©clenche un raz de marĂ©e mĂ©diatique, dĂ©clinĂ© sur les rĂ©seaux sociaux par une foule de teasers oĂč l’on voit un conducteur dĂ©crocher son volant pour prendre une manette DualSense.

Printemps 2024. Les ingĂ©nieurs de Sony Honda Mobility publient un mĂ©mo interne Ă©voquant des difficultĂ©s sur le pack batteries. L’objectif d’autonomie de 600 km n’est plus tenable sans rogner la taille des Ă©crans, vĂ©ritable argument marketing du vĂ©hicule. Dans le mĂȘme temps, les puces de calcul prĂ©vues, dĂ©rivĂ©es de l’architecture PlayStation 5, souffrent de surchauffe lors des essais climatiques en Arizona. Voici le premier grain de sable : la console ne se comporte pas comme une plateforme automobile classique.

Automne 2025. Un second prototype est aperçu sur la piste d’essai de Tochigi ; il affiche un rayon d’action de seulement 420 km et un 0-100 km/h chronomĂ©trĂ© en 7,9 secondes, loin des promesses initiales. Les analystes commencent Ă  douter. Sur la mĂȘme pĂ©riode, Tesla lance sa Model 2 Ă  25 000 €, pendant que les constructeurs chinois inondent l’Europe de citadines Ă©lectriques bon marchĂ©. Afeela n’est plus synonyme d’audace, mais de lenteur.

FĂ©vrier 2026. Plusieurs mĂ©dias spĂ©cialisĂ©s, dont Sports-Cars, annoncent un « report stratĂ©gique ». La dĂ©cision finale tombe le 22 mars : Sony et Honda cessent les frais. Dans un bref communiquĂ©, ils saluent « l’esprit d’innovation » du programme tout en reconnaissant son inadĂ©quation au marchĂ©. Le rideau se referme, Afeela rejoignant la longue liste des concepts jamais commercialisĂ©s.

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Les premiÚres leçons à retenir

PremiĂšrement, l’annonce prĂ©maturĂ©e a créé des attentes dĂ©mesurĂ©es. DeuxiĂšmement, la mise en commun de cultures industrielles trĂšs diffĂ©rentes a gĂ©nĂ©rĂ© des cycles de validation interminables. TroisiĂšmement, l’écosystĂšme logiciel, centrĂ© sur le divertissement, n’a jamais trouvĂ© sa place dans la proposition de valeur d’un vĂ©hicule familial Ă  plus de 60 000 €.

Les raisons techniques qui ont plombé la « PlayStation Car »

Sous le capot, Afeela devait embarquer une batterie semi-solide de 95 kWh, promesse d’un plein Ă©lectrique en dix minutes. Or, au moment du gel industriel, seule une version lithium-ion conventionnelle Ă©tait prĂȘte, repoussant la recharge rapide au-delĂ  de 35 minutes. Cette contrainte a Ă©tĂ© jugĂ©e rĂ©dhibitoire par Honda, historiquement obsĂ©dĂ© par la fiabilitĂ©. De son cĂŽtĂ©, Sony visait une intĂ©gration logicielle capable d’exĂ©cuter des jeux AAA grĂące au cloud, mais la latence rĂ©seau sur autoroute s’est montrĂ©e instable, mĂȘme avec la 5G-AAU de seconde gĂ©nĂ©ration.

Les Ă©quipes R&D ont Ă©galement butĂ© sur la surconsommation engendrĂ©e par le rideau d’écrans OLED couvrant la planche de bord. Quand l’habitacle affichait Horizon Forbidden West en streaming, la consommation augmentait de 12 %, amputant l’autonomie de 45 km sur cycle mixte. L’ajout d’une ligne de LED extĂ©rieures, censĂ©e transmettre des « Ă©motions lumineuses » aux piĂ©tons, a encore accru les besoins Ă©nergĂ©tiques.

Comparatif technique (prototypes 2025) Afeela Concurrent moyen
✅ Autonomie WLTP 420 km 550 km
✅ Puissance max 220 kW 250 kW
✅ Temps de charge 10-80 % 35 min 18 min
✅ Latence cloud gaming 85 ms 55 ms
✅ Prix cible +60 000 € 45 000 €

Le tableau met en Ă©vidence les retards. Les cellules de batteries LGES, moins denses que prĂ©vu, ont obligĂ© Ă  rallonger la coque, grevant le poids final de 120 kg. Sur le plan logiciel, l’OS interne dĂ©rivĂ© d’Android Automotive prĂ©sentait des conflits avec la surcouche PlayStation Link, provoquant des redĂ©marrages spontanĂ©s du systĂšme multimĂ©dia. Faire tourner God of War Ragnarök en parking chauffĂ© Ă©tait envisageable ; lancer un jeu en pleine cĂŽte alpine relevait de l’utopie.

Quand le hardware rencontre ses limites

L’association d’une console de salon et d’une voiture Ă©voque la vision futuriste des annĂ©es 1990, mais la rĂ©alitĂ© de 2026 est cruelle. Pour maintenir une tempĂ©rature stable aux puces RDNA 2 dans un cockpit exposĂ© au soleil d’étĂ©, un circuit de refroidissement liquide dĂ©diĂ© Ă©tait indispensable, ajoutant 800 € de coĂ»ts de production par vĂ©hicule. Les marges fondaient, les investisseurs s’impatientaient.

Un marché électrique en surchauffe : concurrence, normes et attentes des conducteurs

Le segment des berlines premium n’a jamais Ă©tĂ© aussi dense. Tesla cartonne avec la Model 2, BYD convertit l’Europe Ă  ses Seal U, et Stellantis multiplie les offensives sous logos Peugeot et Opel. Dans ce contexte, la promesse d’une voiture connectĂ©e centrĂ©e sur le divertissement passe au second plan face Ă  l’autonomie, au prix et Ă  l’infrastructure de recharge. En France, l’aide Ă  l’achat d’un vĂ©hicule Ă©lectrique se recentre sur les modĂšles produits localement ; Afeela, assemblĂ©e Ă  Osaka, ne touchait donc aucune subvention nationale.

Les nouvelles normes europĂ©ennes sur les mĂ©gawatt-chargers exigent 800 V minimum ; Afeela plafonnait Ă  400 V. Sur l’axe Paris-Lyon, les conducteurs auraient dĂ» patienter deux fois plus longtemps qu’avec une Kia EV6. L’échec logistique est d’autant plus marquant que Sony, rĂ©putĂ© pour ses capteurs d’imagerie, avait pourtant livrĂ© son systĂšme de conduite assistĂ©e L3 avec brio. Cependant, une conduite semi-autonome impeccable ne compense pas un plein d’électrons trop lent.

Les Ă©tudes consommateurs menĂ©es fin 2025 montrent que 71 % des futurs acheteurs jugent la fonction jeu vidĂ©o « sympa, mais non dĂ©cisive ». À l’inverse, 87 % placent l’autonomie en critĂšre numĂ©ro un. Le dĂ©calage est Ă©vident. Quand un vĂ©hicule ne rĂ©pond pas aux attentes clĂ©s, mĂȘme la marque PlayStation ne suffit pas. C’est lĂ  l’erreur stratĂ©gique majeure : confondre technologie d’agrĂ©ment et besoin vital de mobilitĂ©.

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Effet papillon sur le pricing

Chaque semaine de retard augmentait le coĂ»t crĂ©dit-bail des fournisseurs de cellules, dĂ©jĂ  soumis aux variations du lithium. Selon un rapport interne ayant fuitĂ©, le prix de revient par voiture aurait atteint 56 300 €, hors marketing. Impossible alors de vendre sous la barre des 70 000 €, ticket jugĂ© suicidaire face aux 52 990 € d’une BMW i4 assemblée Ă  Munich.

ConsĂ©quences pour Sony, Honda et l’écosystĂšme de la voiture connectĂ©e

L’arrĂȘt brutal d’Afeela ne signifie pas que les deux groupes quittent la route. Sony capitalise sur ses LiDAR et capteurs CMOS pour alimenter les projets autonomes de Mobileye. Honda, lui, consolide sa coopĂ©ration avec General Motors autour de la plateforme Ultium. Toutefois, les ambitieuses dĂ©monstrations d’intĂ©gration entre la PlayStation 5 et l’habitacle restent orphelines. Le Journal du Geek rappelle que seule la Mercedes-Benz Classe E offre encore le jeu vidĂ©o embarquĂ©, mais via un service tiers.

  • 🎼 RĂ©emploi des licences gaming : Sony prĂ©pare des partenariats avec des fournisseurs d’infodivertissement pour intĂ©grer la plateforme PlayStation Now dans les avions moyen-courrier.
  • 🔧 Transfert industriel : Honda recycle la ligne d’assemblage d’Afeela pour produire un SUV Ă©lectrique de segment C destinĂ© Ă  l’Asie du Sud-Est.
  • 🌐 Normalisation logicielle : les API PlayStation Link deviennent open source, afin de ne pas perdre trois ans de dĂ©veloppement en gestion de droits numĂ©riques embarquĂ©s.

Cette stratĂ©gie d’éclatement des briques technologiques pourrait prĂ©server la valeur créée, mais les coĂ»ts de R&D, estimĂ©s Ă  1,5 milliard d’euros, restent un poids mort. Pour les start-ups de la mobilitĂ©, le message est clair : la Technologie n’est pas une fin en soi. Sans modĂšle d’affaires robuste, l’innovation part au garage.

Impact sur les fournisseurs

L’équipementier français Forvia, retenu pour les siĂšges vibrants synchronisĂ©s aux jeux, doit maintenant trouver d’autres dĂ©bouchĂ©s. Idem pour le fabricant taĂŻwanais de dalles OLED, dont la production Ă©tait calĂ©e sur la cadence Afeela. La chaĂźne de valeur encaisse donc une onde de choc dont l’effet se fera sentir jusque dans les bilans 2027.

Ce que reprĂ©sente l’échec d’Afeela pour l’innovation automobile de 2026

On retiendra d’abord l’audace d’avoir tentĂ© de marier deux univers : la console et la route. Puis vient l’enseignement‌ : avant de lancer un produit, tester la pertinence du concept auprĂšs d’un public plus large que les passionnĂ©s de high-tech. Des observateurs rappellent le prĂ©cĂ©dent Apple Car, qui n’a jamais franchi le stade des brevets. Afeela rejoint cette famille des projets spectaculaires stoppĂ©s net, confirmant que la rĂ©volution de l’Automobile passe moins par le gadget que par la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique.

Enfin, l’échec agit comme un vaccin pour le secteur. Les constructeurs redoublent de prudence. Stellantis repousse l’idĂ©e d’intĂ©grer des Xbox Series X dans ses DS. Volkswagen, lui, mise sur la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e projetĂ©e sur le pare-brise, bien plus Ă©conome en ressources. Les lessons learned s’accumulent : autonomie rĂ©elle, maillage de recharge et tarification transparente. Ce triptyque domine la feuille de route des ingĂ©nieurs.

Et la PlayStation 5 ? Elle reste dans le salon, branchĂ©e Ă  la TV, loin des vibrations de la chaussĂ©e. Le rĂȘve d’un Gran Turismo qu’on pilote au volant de sa propre voiture n’aura pas convaincu le grand public. Pourtant, certains passionnĂ©s continuent d’y croire ; des kits de retrofit, non officiels, fleurissent sur Reddit. Le futur, parfois, s’invente dans un garage. Mais, pour Sony et Honda, l’heure est Ă  la remise Ă  plat.

Pourquoi Sony et Honda ont-ils abandonné Afeela ?

La combinaison de retards techniques, d’une autonomie jugĂ©e trop faible et d’un coĂ»t de production trop Ă©levĂ© a rendu le projet non viable face Ă  une concurrence Ă©lectrique trĂšs agressive.

La voiture proposait-elle réellement de jouer en local ?

Non, l’exĂ©cution des jeux AAA devait passer par le cloud gaming avec une connexion 5G, un mode inadaptĂ© aux zones rurales ou aux longs trajets.

Que deviennent les technologies développées ?

Sony rĂ©oriente ses capteurs vers les projets de conduite autonome, tandis que Honda recycle la plateforme pour un SUV Ă©lectrique destinĂ© Ă  l’Asie.

L’abandon impacte-t-il les propriĂ©taires de prototypes ?

Seuls quelques modĂšles de prĂ©-sĂ©rie existent ; ils resteront dans des musĂ©es d’entreprise et ne seront jamais homologuĂ©s pour la route ouverte.

Cet échec signe-t-il la fin des collaborations high-tech/auto ?

Non, mais il rappelle que le timing et la compréhension des besoins des conducteurs priment sur le simple effet wahou technologique.

Source: www.lesechos.fr

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