Vortex Ă  PĂ©zenas : Le Petit Poucet de l’automobile qui fait vibrer la course

PĂ©zenas, 7 h 30. Dans un entrelacs de routes bordĂ©es de vignes, un vacarme sourd s’élĂšve : la Vortex 2.0, toute carĂ©nĂ©e de noir mat, effectue ses tests avant Spa. À quelques mĂštres, des mĂ©caniciens ajustent un aileron au cordeau ; le soleil Ă  peine levĂ© fait scintiller l’aluminium brut des gabarits. Les grands constructeurs ont leurs souffleries gĂ©antes ; ici, l’ingĂ©niositĂ© remplace la dĂ©mesure et fait vibrer l’univers de la course automobile.

Créée en 2015 par les frĂšres Gomez, la structure hĂ©raultaise assume son rĂŽle de Petit Poucet dans la jungle des budgets XXL. Chaque vĂ©hicule sortant de l’atelier mĂȘle piĂšces usinĂ©es maison, moteurs Chevrolet V8 et astuces puisĂ©es lors de nuits blanches Ă  peaufiner le comportement routier. À l’heure oĂč l’endurance se professionnalise Ă  outrance, Vortex cultive un ADN artisanal qui attire pilotes et curieux en quĂȘte d’authenticitĂ©.

Alors que la saison 2026 s’emballe, l’écurie de sport mĂ©canique basĂ©e Ă  PĂ©zenas multiplie les podiums en Ultimate Cup et annonce dĂ©jĂ  une 3.0 orientĂ©e GT2. Comment cette PME locale rĂ©ussit-elle Ă  dĂ©fier Porsche ou Ferrari ? PlongĂ©e dans un tourbillon oĂč passion, performance et dĂ©brouille forment un cocktail gagnant.

Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news.
✅ Vortex conçoit et assemble ses propres GT d’endurance dans l’HĂ©rault, hors des circuits industriels traditionnels.
✅ Un moteur Chevrolet V8 simple et fiable permet de rĂ©duire drastiquement les coĂ»ts de roulage.
✅ Le modĂšle 2.0 a corrigĂ© l’aĂ©rodynamique arriĂšre ; la 3.0 visera la catĂ©gorie GT2 dĂšs 2027.
✅ L’atelier internalise la dĂ©coupe jet d’eau, l’usinage 3 axes et bientĂŽt l’impression 3D XXL.
✅ Des carburants Ă  base de rĂ©sidus de raisin sont testĂ©s pour limiter l’empreinte carbone en compĂ©tition.

Naissance d’un atelier qui bouscule les gĂ©ants du sport automobile

L’histoire de Vortex commence sur un karting municipal. Olivier et Arnaud Gomez, gamins de BĂ©ziers, passent leurs mercredis aprĂšs-midi Ă  Ă©cumer la piste locale. De premiers chronos en bricolages nocturnes, la fratrie affine une certitude : pour aller vite, il faut comprendre la mĂ©canique jusqu’au moindre Ă©crou. Les annĂ©es 1990 voient les deux frĂšres migrer vers la Formule Ford amateur ; faute de moyens, ils installent leur stand dans un vieux fourgon amĂ©nagĂ©. Cette logique de dĂ©brouille deviendra l’ossature du projet Vortex.

En 2015, la famille crĂ©e officiellement Vortex SAS dans un bĂątiment de 900 mÂČ Ă  PĂ©zenas. L’adresse, route de Nizas, s’agrandit chaque semestre : un coin tĂŽlerie, puis une salle dĂ©diĂ©e Ă  l’électronique embarquĂ©e. La structure mise sur la polyvalence : “Tant qu’on fabrique peu, autant tout fabriquer nous-mĂȘmes”, rĂ©sume un technicien. Les premiĂšres tubulaires sortent en fĂ©vrier : chĂąssis acier, arceau intĂ©grĂ©, carrosserie composite acheminĂ©e sur une remorque de plate-forme.

Fin 2016, la Vortex 1.0 dĂ©barque sur le circuit de Barcelona-Catalunya. Face aux GT3 officielles, le public dĂ©couvre une silhouette trapue, plus proche d’un prototype que d’une GT classique. L’effet de surprise fonctionne : la voiture termine l’épreuve de quatre heures sans le moindre souci mĂ©canique. Au-delĂ  du rĂ©sultat, la fiabilitĂ© interpelle les observateurs. Habituellement, une structure de taille Ă©quivalente mise sur un chĂąssis client et se contente d’aligner des pneus neufs. Vortex ose fabriquer, rĂ©parer et rĂ©-adapter sur place.

Ce pari trouve un Ă©cho dans la presse spĂ©cialisĂ©e. L’article “la GT française qui dĂ©fie l’endurance” relaie l’exploit ; rapidement, les rĂ©seaux sociaux s’emballent. La page Facebook officielle publie des lives depuis les stands, montrant comment un capot se ponce Ă  main nue avant le warm-up. Cette transparence sĂ©duit une communautĂ© lassĂ©e des paddocks aseptisĂ©s. Vortex devient un symbole : celui d’un Petit Poucet capable, par la passion, d’ébranler des Ă©curies multimillionnaires.

La suite ? Une inscription en Ultimate Cup Series, puis en 24H Series. Chaque week-end de course, la petite bande traverse l’Europe en camion. Les pilotes, souvent des entrepreneurs ou mĂ©decins fĂ©rus de glisse, louent l’auto clĂ© en main. Une formule pratiquĂ©e ailleurs, mais rarement avec une voiture entiĂšrement made in Occitanie. L’atelier fabriquera jusqu’à la vis de blocage d’aileron si besoin, preuve que l’esprit d’indĂ©pendance n’a rien perdu de sa vigueur.

En cinq ans, la marque passe de deux salariĂ©s Ă  douze. La mairie de PĂ©zenas soutient financiĂšrement un agrandissement ; l’école technique locale envoie des apprentis qui apprennent Ă  lire un relevĂ© tĂ©lĂ©mĂ©trique le matin, Ă  souder un berceau le soir. Ici, l’objet fini n’est pas qu’une performance mĂ©canique ; c’est un accĂ©lĂ©rateur de compĂ©tences rĂ©gionales.

L’ingĂ©nierie artisanale : quand simplicitĂ© rime avec performance

Pourquoi un V8 Chevrolet de 6,2 L ? La question taraude souvent les curieux. Vortex aurait pu choisir un bloc turbo plus moderne, mais l’équipe prĂ©fĂšre la robustesse. Le LS3 prĂ©parĂ© dĂ©veloppe 560 ch pour 1 050 kg : un rapport poids-puissance similaire Ă  certaines GT3. Sa vraie force se mesure en heures : jusqu’à 6 000 km avant rĂ©vision, contre 2 000 pour certains concurrents. Dans une discipline oĂč l’on paie la minute tournĂ©e, cette longĂ©vitĂ© rĂ©duit les budgets engagĂ©s par les pilotes.

L’aĂ©rodynamique incarne l’autre terrain d’innovation. La 1.0 avait rĂ©vĂ©lĂ© une portance arriĂšre excessive. En 2020, Olivier Gomez ouvre un logiciel de simulation open-source et, trois nuits plus tard, propose un toit plongeant et des pontons latĂ©raux resserrĂ©s. La 2.0 naĂźt ainsi : plus fluide, moins gourmande en carburant, et surtout 5 minutes de ravitaillement gagnĂ©es sur une course de quatre heures. Cela suffit Ă  grimper deux places au classement gĂ©nĂ©ral.

Un cocktail de procédés maison

L’atelier s’équipe d’une table de dĂ©coupe jet d’eau. La piĂšce est dessinĂ©e, puis dĂ©coupĂ©e en 20 minutes. Une fraiseuse 3 axes finalise les tolĂ©rances au centiĂšme. Le soir mĂȘme, la piĂšce est soudĂ©e sur le chĂąssis. Cette boucle courte Ă©vite les dĂ©lais fournisseurs et autorise des ajustements de derniĂšre minute, comme ce support d’amortisseur renforcĂ© aprĂšs une sortie de piste au Castellet.

  • 🔧 DĂ©coupe jet d’eau : prĂ©cision de 0,1 mm, aucune dĂ©formation thermique.
  • đŸ–šïž Impression 3D XXL (2027) : moules de carrosserie produits en 48 h.
  • ⚙ Usinage 3 axes : supports moteur allĂ©gĂ©s de 15 %.
  • 🔋 Banc de test Ă©lectrique : vĂ©rification rapide des capteurs CAN.

Ce cumul de micro-gains aboutit Ă  une voiture capable de rivaliser avec les GT3 semi-officielles. Sans soufflerie de Formule 1 ni budget pharaonique, Vortex capitalise sur des choix intelligents : courbes fluides plutĂŽt qu’ailerons agressifs, ventilateurs repositionnĂ©s pour Ă©viter le sous-virage, jantes forgĂ©es localement pour rĂ©duire le poids non suspendu.

Tableau comparatif des modĂšles Vortex

⚙ ModĂšle 🔋 Puissance đŸŽïž Poids ⏱ Autonomie moteur 🏁 CatĂ©gorie visĂ©e
Vortex 1.0 (2016) 540 ch 1 080 kg 4 000 km Proto Light
Vortex 2.0 (2022) 560 ch 1 050 kg 6 000 km GT Cup
Vortex 3.0 (concept) 600 ch 1 030 kg 6 500 km GT2

Chaque itĂ©ration confirme un crĂ©do : simplicitĂ©, fiabilitĂ©, adaptabilitĂ©. Une philosophie rĂ©sumĂ©e par un mĂ©canicien : “Ici, la piĂšce la plus chĂšre est celle qu’on doit changer deux fois.”

De la piste Ă  l’atelier : organisation 360° et modĂšle Ă©conomique malin

Vortex n’est pas qu’un constructeur, c’est aussi une Ă©curie. Le double statut implique une logistique finement huilĂ©e. Chaque week-end de compĂ©tition, deux semi-remorques quittent PĂ©zenas. À bord : deux voitures, un stock de piĂšces, un compresseur, mais aussi une imprimante 3D de secours pour des supports de capteurs. L’équipe compte douze permanents et six freelances : mĂ©caniciens, ingĂ©nieurs, cuisinier et community manager chargĂ© de filmer les coulisses pour les rĂ©seaux.

Le financement repose sur la location “gentleman driver”. Un pilote amateur verse un forfait couvrant l’engagement, la voiture, l’assistance et mĂȘme le coaching. En Ă©change, il bĂ©nĂ©ficie d’une GT exclusive, d’un staff dĂ©diĂ© et d’un tableau de bord simplifiĂ©. Vortex peaufine cet aspect convivial : siĂšges moulĂ©s sur place, briefings en français ou en anglais, analyse vidĂ©o post-course pour amĂ©liorer les trajectoires.

L’organisation interne reflĂšte les valeurs artisanales. Le bureau d’études est sĂ©parĂ© du box mĂ©canique par une cloison vitrĂ©e ; ainsi, un ingĂ©nieur CAO peut voir la suspension se rĂ©gler en direct et modifier ses plans Ă  la volĂ©e. Le soir, aprĂšs les tests, la carrosserie est parfois poncĂ©e par le pilote lui-mĂȘme : une ambiance rare dans les paddocks aseptisĂ©s.

La PME applique aussi une veille technologique continue. Les données télémétriques, habituellement stockées sur des serveurs coûteux, sont ici sauvegardées sur des disques NAS open-source. Coût divisé par deux, flexibilité multipliée par trois. Cette philosophie low-cost ne sacrifie pas la performance ; elle la maximise.

Les valeurs familiales transparaissent jusque dans la gestion des risques. Lorsqu’un accident survient, la dĂ©cision de rĂ©parer ou de reconstruire s’appuie sur l’analyse du budget global du client, pas seulement sur la marge. ConsĂ©quence : la fidĂ©litĂ© est remarquable ; certains pilotes en sont Ă  leur quatriĂšme saison consĂ©cutive sous les couleurs noires et jaunes.

Objectif endurance : performances mesurées, émotions décuplées

Le chronomĂštre ne dit pas tout, mais il reste impitoyable. Lors des 4 Heures de Misano 2025, la Vortex 2.0 termine Ă  15 secondes de la premiĂšre GT3 officielle, malgrĂ© 150 ch de moins. Comment ? GrĂące Ă  des relais plus longs (rĂ©servoir de 120 L optimisĂ©), Ă  des pneus mĂ©nagĂ©s par un poids plume, et Ă  un arrĂȘt carburant gagnĂ© sur la concurrence. Le soir mĂȘme, un article paru sur Echo des Tribunes titre : “Le Petit Poucet qui rugit dans la cour des grands”.

Les statistiques consolidĂ©es sur huit meetings 2024-2025 montrent une tendance : zĂ©ro abandon sur casse moteur, un seul sur sortie de piste. Cette fiabilitĂ© dope le moral. Un pilote amateur prĂ©fĂšre souvent finir P6 qu’abandonner pour la gloire. L’émotion se lit dans les stands ; les mĂ©canos brandissent le drapeau occitan Ă  chaque drapeau Ă  damier franchi.

Au-delĂ  des rĂ©sultats, la marque capitalise sur l’expĂ©rience spectateur. Les visiteurs peuvent entrer dans le box aprĂšs la course, toucher la carrosserie encore tiĂšde, Ă©changer un regard complice avec le chef d’atelier. Le sport mĂ©canique redevient humain, palpable.

L’adrĂ©naline en chiffres clĂ©s

  • 🏆 22 participations en endurance depuis 2020.
  • đŸ„ˆ 7 podiums scratch, 12 victoires de catĂ©gorie.
  • ⚡ 1 min 46 s sur le tracĂ© Grand Prix de Magny-Cours, record personnel.
  • đŸ’¶ Budget moyen pilote : 90 000 € la saison, deux fois moins qu’une GT3.

Ces chiffres ne suffisent pas Ă  expliquer la saveur d’une nuit de course Ă  Spa, quand la brume envahit le Raidillon et que le V8 crĂ©pite dans l’obscuritĂ©. Mais ils prouvent qu’avec un package cohĂ©rent, la performance ne dĂ©pend pas toujours du chĂšque.

Cap vers 2027 : carburant raisin, impression 3D XXL et offensive GT2

La durabilitĂ© s’invite sur la grille. Les rĂšglements SRO prĂ©voient d’autoriser des carburants renouvelables dĂšs 2027. Vortex prĂ©pare la transition avec un partenaire basĂ© Ă  AlĂšs : un Ă©thanol issu de rĂ©sidus viticoles. TestĂ© sur banc, il dĂ©livre 95 % de la puissance du SP98 tout en rĂ©duisant de 60 % les Ă©missions de CO₂ sur l’ensemble du cycle. L’enjeu est triple : conserver la sonoritĂ© rauque du V8, limiter l’impact carbone et sĂ©duire des marques rĂ©gionales de vin prĂȘtes Ă  sponsoriser la filiĂšre.

ParallĂšlement, l’atelier installe une imprimante 3D grand format pour rĂ©aliser des moules de capot en ABS haute tempĂ©rature. Gain de temps annoncĂ© : 40 heures sur la production d’un kit complet. Cette technologie permettra d’accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement de la Vortex 3.0 orientĂ©e GT2. Le cahier des charges comprend : chĂąssis tubulaire allĂ©gĂ©, boĂźte sĂ©quentielle six rapports renforcĂ©e, aĂ©rodynamique lissĂ©e façon hypercar.

La 3.0 devra affronter une concurrence fĂ©roce ; pourtant, l’équipe compte sur son agilitĂ©. LĂ  oĂč les grandes marques valident un Ă©lĂ©ment en six mois, Vortex pourra tester trois variantes de diffuseur en moins de dix semaines. La PME veut aussi proposer un package client incluant simulateur maison ; chaque acheteur recevra les datas prĂ©-installĂ©es pour apprendre un circuit avant mĂȘme de voir la voiture.

Au fond, la vision reste inchangée : fabriquer des voitures qui donnent envie de rouler plus que de payer. Olivier Gomez aime rappeler que le nom Vortex évoque un tourbillon ; un mouvement permanent qui aspire les défis et les recrachent en solutions tangibles. En 2027, ce souffle pourrait bien secouer la catégorie GT2 comme il a bousculé le GT Cup.

OĂč sont fabriquĂ©es les voitures Vortex ?

Tous les chĂąssis, piĂšces de carrosserie et l’essentiel des composants mĂ©caniques sont produits dans l’atelier de PĂ©zenas, route de Nizas, grĂące Ă  des machines de dĂ©coupe jet d’eau et d’usinage 3 axes.

Quel est le coût pour un pilote souhaitant courir avec Vortex ?

La formule « gentleman driver » tourne autour de 90 000 € pour une saison complĂšte en endurance, comprenant voiture, assistance, pneus et coaching personnalisĂ©.

Pourquoi choisir un moteur Chevrolet plutĂŽt qu’un bloc europĂ©en ?

Le V8 LS3 offre un excellent ratio fiabilitĂ©/prix : jusqu’à 6 000 km d’endurance sans dĂ©montage majeur, des piĂšces disponibles partout en Europe et une courbe de couple linĂ©aire facilitant la prise en main.

La Vortex 3.0 sera-t-elle homologuée sur route ?

Non, la 3.0 vise exclusivement les championnats GT2. Toutefois, des déclinaisons track-day limitées pourraient voir le jour, toujours sans immatriculation.

Quel carburant renouvelable est Ă  l’étude ?

Un Ă©thanol Ă©laborĂ© Ă  partir de marcs de raisin, dĂ©veloppĂ© avec une start-up d’AlĂšs ; les premiers tests montrent 95 % des performances du SP98 et une rĂ©duction notable des Ă©missions de CO₂.

Source: www.midilibre.fr