Trottinettes électriques, usage quotidien, mais protection minimale : l’équation étonne autant qu’elle inquiète depuis que ces engins sillonnent massivement les artères françaises.
Sur fond de plaintes de riverains et de rapports alarmants du Fonds de garantie, l’absence d’assurance reste la règle pour près de deux millions d’utilisateurs, avec à la clé des dommages financés par l’ensemble des conducteurs pourtant en règle.
La rédaction a décortiqué la mécanique d’un système à deux vitesses où la notion de responsabilité se trouve chamboulée, laissant les victimes compter leurs blessures pendant que la collectivité règle la note.
| Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news. |
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| ✅ 66 % des trottinettes roulent encore sans assurance malgré l’obligation légale. |
| ✅ Le Fonds de garantie a déboursé 132 M€ en 2024 pour indemniser des accidents causés par des engins non assurés. |
| ✅ Conduire sans couverture expose à 3 750 € d’amende et au remboursement intégral des dommages. |
| ✅ Les primes auto de tous les Français augmentent pour compenser cette dérive. |
| ✅ Des réformes sont sur la table : immatriculation, contrôle technique ou intégration automatique de la garantie EDPM. |
Forte hausse des accidents de trottinettes non assurées : les chiffres 2026 qui inquiètent
Le dernier rapport du Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO) révèle que 8,3 % des véhicules impliqués dans des accidents corporels sans couverture sont désormais des trottinettes électriques. Il y a trois ans, cette proportion plafonnait à 4 %. Le doublement illustre la diffusion éclair de ces engins et, surtout, la persistance d’un taux de non-assurance record : 66,7 %. À lui seul, ce chiffre place la trottinette en tête des véhicules motorisés non assurés, loin devant les deux-roues thermiques.
Le volume de victimes suit la même trajectoire. En 2024, le FGAO a indemnisé 818 personnes blessées par une trottinette non assurée, soit 8 % de plus qu’en 2023, alors que les sinistres impliquant des voitures sans assurance reculent. Pourquoi ce décalage ? D’abord, l’usage citadin expose les conducteurs à un trafic dense. Ensuite, le débridage illégal, qui porte parfois la vitesse à 70 km/h, alourdit la gravité des chocs. Illustration à Beauvais : un étudiant de 22 ans percute un fourgon à 68 km/h, provoquant deux fractures ouvertes et 120 000 € de frais médicaux couverts… par le FGAO.
L’analyse géographique montre que Paris, Lyon, Marseille et Toulouse concentrent 60 % des sinistres. Les trottoirs encombrés, la cohabitation avec les piétons et un réseau de pistes cyclables encore discontinu expliquent cette concentration. Dans les métropoles, chaque carrefour devient un point de friction entre trottinettes, bus et VTC. Les forces de l’ordre admettent leur désarmement : « Sans plaque, impossible de vérifier sur le moment si l’engin est assuré », souffle un commandant de la CRS 60, unité chargée de la circulation en Île-de-France.
Le coût financier suit la même courbe. En 2024, la note atteint 132 M€, en hausse de 25 % depuis 2018. Or, ces millions proviennent d’une ponction sur toutes les polices automobiles, un prélèvement passé de 1,2 % à 1,6 % de la prime moyenne en cinq ans. Autrement dit, le conducteur prudent finance l’irresponsabilité de celui qui file sur le trottoir sans casque ni police d’assurance. La solidarité a ses limites : dans plusieurs groupes d’assurés, la hausse annuelle des cotisations dépasse 3 % simplement pour éponger la dérive des trottinettes.
Les statistiques ne disent pas tout. Derrière chacune d’elles se cache un visage. Christiane, 67 ans, renversée à Paris, raconte avoir « senti ses os craquer avant même de voir l’engin ». Son indemnisation, 48 000 €, sera réclamée au conducteur sur trente ans. « Il est serveur, il n’y arrivera jamais », lâche-t-elle fataliste. L’histoire illustre le cercle vicieux : dettes à vie pour les responsables, surcoût collectif pour les payeurs.
En un mot : l’addition enfle, et personne ne peut dire quand la courbe se stabilisera.
Décryptage de la loi : obligations d’assurance et sanctions méconnues
Depuis l’arrêté ministériel d’octobre 2019, la trottinette est classée « Engin de déplacement personnel motorisé » (EDPM). À ce titre, l’article L324-2 du Code de la route impose une assurance responsabilité civile identique à celle exigée pour une moto ou une voiture. Pourtant, une récente enquête publiée sur Yahoo Actualités confirme que cette obligation est passée sous le radar de la majorité des utilisateurs.
Le cadre répressif existe : 3 750 € d’amende, confiscation possible de l’engin et stage de sensibilisation. Mais la sanction reste théorique sans contrôle systématique. Contrairement à la carte grise d’une voiture, la trottinette n’est ni immatriculée ni répertoriée dans un fichier national. Lors d’un banal contrôle de police, il suffit donc d’affirmer être assuré ; l’agent ne peut pas vérifier sur son terminal. Le Ministère de l’Intérieur a bien testé un QR code à coller sur le guidon, mais le projet peine à sortir des cartons pour des raisons de coûts et de respect de la vie privée.
Clauses types d’une police EDPM
Un contrat basique couvre la responsabilité civile pour un prix moyen de 9 € par mois. Les assureurs proposent des extensions pour le vol, l’incendie ou la casse, rarement au-delà de 25 € mensuels. Certaines compagnies intègrent un « pack mobilité urbaine » à l’assurance habitation, ajoutant 2 € à 3 € sur la prime annuelle. Darty, sur son portail Darty & Vous, rappelle que le défaut de couverture reste un délit, pas une simple contravention.
Malgré ces tarifs modestes, l’adhésion ne décolle pas. Le Syndicat des assureurs estime qu’à peine un scooteriste sur dix ignore son obligation, contre deux trottinettistes sur trois. L’écart s’explique par la culture routière : l’acheteur d’un deux-roues immatriculé passe par la préfecture et signe un contrat avant de recevoir ses plaques. L’acheteur d’une trottinette la commande en ligne, la déballe à la maison et roule dans l’heure, sans formalité.
- 🛴 Obligation : assurance responsabilité civile depuis 2019.
- 💶 Amende : jusqu’à 3 750 € pour défaut de couverture.
- ⚖️ Dommages : remboursement intégral au FGAO en cas de sinistre.
- 📄 Solution rapide : extension d’assurance habitation pour 2 € par mois.
La législation est claire, mais son application reste largement symbolique.

Le vrai coût des dommages : qui paie l’indemnisation des victimes ?
À première vue, le système français protège les blessés : le FGAO avance toutes les indemnisations lorsque le responsable est non assuré. Mais cet organisme n’est pas une œuvre caritative. Il se finance via une surtaxe – 1,6 % en 2026 – appliquée à toutes les polices auto. Chaque automobiliste reverse donc, en moyenne, 12 € par an pour compenser les sinistres causés par les autres.
Le principe ressemble à une mutuelle géante : la communauté couvre les plus exposés. Problème : la charge grimpe plus vite que la base cotisante, car le parc auto stagne tandis que les EDPM explosent. En cinq ans, la ligne « contribution FGAO » sur les quittances d’assurance a gonflé de 35 %. Certains courtiers, comme Revital Assurances, avertissent déjà leurs clients professionnels : « Anticipez 2 % supplémentaires en 2027 si aucune mesure n’est prise ».
Pour illustrer le décalage, examinons la situation de Mehdi, livreur indépendant. En juillet 2025, il renverse un piéton et occasionne 92 000 € de frais médicaux. Non assuré, il signe un échéancier : 350 € par mois pendant 22 ans. Les intérêts légaux le feront rembourser plus de 110 000 €. « Je n’aurai jamais fini », confesse-t-il. Pendant que Mehdi rembourse, c’est le FGAO qui a avancé l’argent, donc la collectivité.
| Scénario | Montant moyen des dommages 🤕 | Qui avance l’argent ? | Qui rembourse ? |
|---|---|---|---|
| Choc léger (entorse) | 2 500 € | FGAO | Conducteur non assuré |
| Fracture multiple | 18 000 € | FGAO | Conducteur non assuré |
| Handicap permanent | 350 000 € | FGAO | Conducteur, souvent insolvable |
La ligne « conducteur souvent insolvable » révèle l’impasse : 63 % des débiteurs finissent en défaut de paiement. Les créances s’accumulent sur plusieurs décennies, ce qui oblige le FGAO à lisser la charge sur tous les assurés. En résumé, plus les trottinettes non assurées se multiplient, plus votre cotisation auto grimpe, même si vous n’avez jamais posé un pied sur un plateau de trottinette.
Le financement croisé atteint ses limites : l’écart entre payeurs et profiteurs se creuse d’année en année.
Comprendre le comportement des utilisateurs : les raisons d’un déni persistant
Pourquoi un golfeur assure-t-il son club-car alors qu’un étudiant ignore l’assurance de sa trottinette ? Les sociologues du CNRS avancent trois facteurs. Primo, la perception ludique : un jouet urbain plus qu’un véhicule motorisé. Secundo, la rapidité d’acquisition : un simple clic en ligne, réception le lendemain, aucun passage en préfecture. Tertio, la croyance diffuse que « pour une chute à 20 km/h, on ne ruine personne ».
La réalité contredit ces stéréotypes. Le choc à 25 km/h d’une trottinette de 15 kg plus un conducteur de 80 kg équivaut à la charge d’un scooter 50 cm³ à 35 km/h. Les assureurs alignent donc leurs barèmes de cotisation. Or, l’utilisateur, souvent jeune et à budget serré, juge déjà le coût de la batterie ou d’un antivol « disproportionné ». Huit euros mensuels d’assurance deviennent la dépense sacrifiée.
Le rôle des plateformes de location
Les opérateurs en libre-service, eux, sont très assurés : en cas d’accidents, leur police couvre jusqu’à 50 M€ par sinistre. Le paradoxe s’impose : l’usager occasionnel d’un engin partagé est mieux protégé que le propriétaire quotidien de sa trottinette. Selon l’étude de Economie Matin, la fin de l’offre free-floating à Paris n’a pas réduit le risque global ; elle l’a déplacé vers les particuliers, moins couverts.
Freins psychologiques et solutions d’incitation
Les assureurs testent des leviers psychologiques basés sur la gamification : remises si l’appli embarquée détecte un roulage sous 25 km/h, cashback pour chaque mois sans sinistre, etc. Le ministère du Commerce planche sur une éco-participation à l’achat : régler un forfait de 30 € qui couvrira la première année d’assurance. Les fédérations d’usagers réclament, elles, plus de pédagogie dans les lycées et les auto-écoles.
Changer la perception de risque reste la clé : tant que la trottinette sera vue comme un gadget, la notion de responsabilité restera floue.
Améliorer la sécurité : quelles réformes et quelles bonnes pratiques ?
Face à l’explosion des accidents, plusieurs pistes circulent. L’immatriculation obligatoire refait surface à l’Assemblée. Ses partisans invoquent le précédent espagnol : depuis 2024, Madrid impose une plaque et un enregistrement en ligne, avec baisse de 18 % des sinistres non assurés en deux ans. Les détracteurs dénoncent un surcoût logistique et un frein à la mobilité douce.
Autre proposition : intégrer systématiquement la garantie EDPM dans l’assurance habitation. Dans ce scénario, tout foyer français serait automatiquement couvert, qu’il détienne ou non un engin. L’idée séduit les assureurs, car le risque serait mutualisé sur 28 millions de contrats, faisant chuter la prime individuelle à moins de 4 € par an.
Bonnes pratiques immédiates pour les particuliers
- 🛡️ Vérifier si la clause « mobilité urbaine » figure déjà dans le contrat habitation.
- 🚦 Limiter la vitesse à 25 km/h grâce au bridage d’origine et bannir tout débridage logiciel.
- 👁️🗨️ Porter casque homologué, gants et gilet rétro-réfléchissant de nuit.
- 📲 Installer une application de conduite responsable qui enregistre les trajets et fournit un relevé utilisable par l’assureur en cas de litige.
- 📑 Conserver sur soi (format papier ou PDF) l’attestation d’assurance pour un contrôle surprise.
À l’échelle collective, la ville de Lyon expérimente des radars pédagogiques adaptés aux EDPM. Paris teste une caméra de trottoir capable de détecter la circulation hors chaussée et de verbaliser automatiquement. Les résultats préliminaires montrent une baisse de 12 % des infractions sur les artères équipées.
En parallèle, les assureurs investissent les réseaux sociaux. Courtes vidéos TikTok, stories Instagram : la prévention passe par les formats consommés par les 18-30 ans. Le jeu « Zero Claim Challenge » réunit déjà 40 000 participants : chaque mois sans chute ni amende rapporte 5 points convertibles en bons d’achat. Une manière ludique de lier sécurité et pouvoir d’achat.
La bataille de la prévention ne se gagnera que si la technologie, la loi et la pédagogie avancent main dans la main.
Une assurance habitation suffit-elle à couvrir ma trottinette ?
Pas automatiquement. Seule une extension EDPM explicitement mentionnée dans le contrat garantit votre responsabilité civile. Vérifiez vos conditions particulières ou souscrivez l’option dédiée.
Que risque-t-on réellement lors d’un contrôle ?
Jusqu’à 3 750 € d’amende, la confiscation de l’engin et l’obligation de suivre un stage de sensibilisation. En cas de récidive, le tribunal peut prononcer des travaux d’intérêt général.
Le FGAO peut-il annuler ma dette si je suis insolvable ?
Non. Les sommes versées aux victimes constituent une créance sur votre patrimoine futur. Le FGAO peut saisir votre salaire, vos comptes ou vos biens pendant trente ans.
Comment payer moins cher mon assurance trottinette ?
Comparez les contrats, optez pour un pack mobilité dans l’assurance habitation et utilisez les applications de conduite responsable qui offrent des remises pour vitesse maîtrisée.
Une plaque d’immatriculation deviendra-t-elle obligatoire ?
Le projet est débattu au Parlement. Aucune date n’est fixée, mais plusieurs groupes politiques y sont favorables afin de faciliter les contrôles.
Source: fr.news.yahoo.com


