Une pause inĂ©dite agite la chaĂźne de montage mulhousienne de Stellantis. Lâindustriel suspend ses presses pour sept jours, faute de carnets de commandes remplis. Cette dĂ©cision envoie un signal fort dans un secteur dĂ©jĂ secouĂ© par un marchĂ© europĂ©en en berne.
| Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news. |
|---|
| â Stellantis stoppe la production Ă Mulhouse du 27 octobre au 2 novembre 2025 pour ajuster ses stocks. |
| â Environ 2 000 salariĂ©s passent en chĂŽmage partiel, rĂ©munĂ©rĂ©s Ă 84 % du brut. |
| â LâarrĂȘt illustre un marchĂ© auto europĂ©en en recul de 20 % depuis la crise sanitaire. |
| â Dâautres sites, dont Poissy et Sochaux, connaissent des suspensions similaires. |
| â Des formations internes visent dĂ©jĂ les mĂ©tiers de lâĂ©lectrification pour prĂ©server lâavenir du site. |
Marché européen en panne : pourquoi Mulhouse ferme ses portes une semaine
Le groupe Stellantis, propriĂ©taire de Peugeot, CitroĂ«n, DS Automobiles, Opel, Fiat, Jeep, Alfa Romeo, Lancia et Maserati, a choisi de lever le pied Ă Mulhouse. Un choix stratĂ©gique plus que symbolique : le site alsacien assemble des Peugeot 308, 408 et DS 7, modĂšles clĂ©s pour son portefeuille. Or, la demande flĂ©chit. Une Ă©tude interne, relayĂ©e par Motor1, montre une baisse de 18 % des commandes sur ces silhouettes entre janvier et septembre 2025. Le phĂ©nomĂšne nâest pas isolĂ© : lâensemble des ventes europĂ©ennes du groupe recule dâenviron 12 % sur la mĂȘme pĂ©riode.
Trois facteurs expliquent cette décision :
- đ Surstock : les parcs de distribution regorgent de vĂ©hicules thermiques.
- ⥠Transition électrique : les clients, attentistes, hésitent entre essence et électrique.
- đ¶ Inflation persistante : le pouvoir dâachat sâĂ©rode, repoussant les achats automobiles.
Au-delĂ du cas mulhousien, Stellantis a dĂ©jĂ stoppĂ© ses lignes Ă Poissy, Saragosse ou encore Melfi. Le but : maintenir la rentabilitĂ© sans saturer les parkings de voitures invendues. Selon la note transmise aux partenaires sociaux, la dĂ©sorganisation nâentraĂźnera aucune suppression de poste immĂ©diate. NĂ©anmoins, les syndicats demeurent vigilants, comme le rappelle Le Figaro.
| âïž Indicateurs clĂ©s avant lâarrĂȘt | Valeur |
|---|---|
| CapacitĂ© nominale (voitures/jour) đĄ | 900 |
| Taux dâutilisation septembre 2025 đ | 66 % |
| Stock rĂ©seau France (en jours) đ·ïž | 85 |
| Seuil optimal visĂ© đ | 60 |
Les analystes rappellent que la dĂ©cision, bien quâinhabituelle, suit une logique industrielle : Ă©teindre les presses coĂ»te moins cher que laisser gonfler des stocks. Lâenjeu reste la reconquĂȘte dâune demande atone tout en prĂ©parant la bascule Ă©lectrique, prioritĂ© officielle du gĂ©ant franco-italo-amĂ©ricain.

Ă retenir : cette « pause technique » tĂ©moigne dâune industrie qui navigue Ă vue, coincĂ©e entre vĂ©hicules thermiques encore dominants et voitures Ă©lectriques qui peinent Ă convaincre hors des niches urbaines.
Conséquences sociales : quand 2 000 salariés passent en mode chÎmage partiel
Lundi matin, la sirĂšne de lâusine nâa pas retenti. Dans les vestiaires vides, la crainte dâun futur incertain se mĂȘle Ă la rĂ©signation. Le dispositif dâactivitĂ© partielle garantit 84 % du salaire brut. MalgrĂ© ce filet, lâinquiĂ©tude reste palpable. DĂ©borah Schorr, dĂ©lĂ©guĂ©e FO, confiait Ă France 3 Grand Est : « le climat est tendu ». Le site de Mulhouse, dĂ©jĂ marquĂ© par des fluctuations de cadence en 2023 et 2024, voit sa force de travail se replier une nouvelle fois.
Pour amoindrir la coupure, Stellantis a ouvert un catalogue de formations accélérées :
- đ Montage pack batterie basse tension.
- đ„ïž Diagnostic Ă©lectronique via tablettes.
- đ± Ăcoconception des piĂšces plastiques.
- đ€ Coaching lean manufacturing.
Une centaine de volontaires profitent ainsi de modules de trois Ă cinq jours, financĂ©s par lâOPCO 2i. Ces sessions sâalignent sur la future ligne Ă©lectrique prĂ©vue dans le bĂątiment K, censĂ©e accueillir dĂšs 2027 la plateforme STLA Medium. Les RH y voient lâoccasion de garder les talents et de sĂ©curiser le savoir-faire local, Ă©lĂ©ment crucial face Ă la concurrence intragroupe â notamment lâusine de Tychy, en Pologne, rĂ©cemment modernisĂ©e.
| đ Ressenti des salariĂ©s (sondage interne) | % |
|---|---|
| Confiants dans lâavenir | 28 |
| PlutĂŽt inquiets | 44 |
| TrĂšs inquiets | 21 |
| Sans opinion | 7 |
LâexpĂ©rience de Sochaux, mis Ă lâarrĂȘt trois jours plus tĂŽt, sert dâexemple. LĂ -bas, une formation similaire avait rĂ©duit la dĂ©fiance. Les syndicats veulent croire que la mĂȘme stratĂ©gie portera ses fruits en Alsace.
Insight final : un arrĂȘt de chaĂźne touche les hommes avant les machines ; la maniĂšre dont lâentreprise accompagne ses Ă©quipes prĂ©figure la cohĂ©sion indispensable lors de la transition Ă©lectrique.
Stratégie industrielle de Stellantis : stocker moins pour rester rentable
Le patron Carlos Tavares cultive une rĂšgle dâor : agilitĂ©. Les suspensions temporaires, jadis rares, deviennent un levier courant. Le site dâinformation Actu.fr rappelle que six sites europĂ©ens du groupe ont dĂ©jĂ connu des ralentissements en 2025. Mulhouse nâest donc pas un cas isolĂ©.
En coulisse, deux tableaux de bord dictent la cadence : taux de rotation des vĂ©hicules chez les distributeurs et coĂ»t de stockage. Les modĂšles les plus impactĂ©s sont les compactes thermiques. Or, ces silhouettes constituent le cĆur de Mulhouse. Pour lâexĂ©cutif, lâĂ©quation est simple : un jour dâarrĂȘt vaut mieux quâun mois de surstock.
- đ Moins de stock = capital immobilisĂ© rĂ©duit.
- đ Flux tendu = livraison plus rapide des modĂšles commandĂ©s.
- đž RentabilitĂ© = marge prĂ©servĂ©e mĂȘme avec volumes plus faibles.
Cet ajustement profite aux marques du portefeuille : Peugeot limite la dĂ©cote de sa 308, DS Automobiles Ă©vite la cannibalisation interne avec la DS 4 assemblĂ©e Ă RĂŒsselsheim, tandis quâOpel gagne des crĂ©neaux supplĂ©mentaires pour la ligne de lâAstra Ă©lectrique. Dans ce schĂ©ma, Fiat, Jeep ou Alfa Romeo, moins dĂ©pendants de Mulhouse, observent la manĆuvre pour ajuster leurs propres cadences.
| đ Sites Stellantis concernĂ©s en 2025 | ModĂšles impactĂ©s | DurĂ©e dâarrĂȘt |
|---|---|---|
| Mulhouse (FR) đ«đ· | Peugeot 308/408, DS 7 | 7 jours |
| Poissy (FR) đ«đ· | Peugeot 2008, Opel Mokka | 5 jours |
| Gliwice (PL) đ”đ± | Fiat Scudo, Opel Vivaro | 4 jours |
| Saragosse (ES) đȘđž | Opel Corsa, CitroĂ«n C3 | 6 jours |
Fait notable : Stellantis maintient ses investissements prĂ©vus dans les gigafactories de Douvrin et Termoli. LâarrĂȘt mulhousien ne remet pas en cause ces chantiers, signe que la stratĂ©gie long terme reste intacte.

Point-clĂ© : lâĂšre des cadences Ă tout prix est rĂ©volue ; place Ă lâĂšre de la flexibilitĂ© maĂźtrisĂ©e.
Menace sur la filiĂšre française : un rapport sĂ©natorial tire la sonnette dâalarme
Le mĂȘme jour oĂč Mulhouse se met en veille, un rapport du SĂ©nat, menĂ© par des Ă©lus Les RĂ©publicains, parle dâ« un risque de disparition » de la production auto nationale. Lâargument principal : la part de marchĂ© des usines hexagonales sâeffondre face Ă lâEurope de lâEst et Ă la Chine. La rĂ©daction dâRMC cite un chiffre implacable : 1,4 million de voitures produites en France en 2019 contre 960 000 en 2024.
Mulhouse symbolise cette bascule. Ă la fin des annĂ©es 1990, le site sortait plus de 400 000 vĂ©hicules par an. En 2024, le compteur sâarrĂȘtait Ă 210 000. Lâusine devra donc se rĂ©inventer ou dĂ©localiser davantage de volumes. Trois leviers sont identifiĂ©s par le rapport :
- đ§âđ§ Requalification rapide des ouvriers vers lâĂ©lectromĂ©canique.
- đ Aide publique conditionnĂ©e Ă un volume minimal de production locale.
- đ Modernisation digitale pour gagner en compĂ©titivitĂ©.
Les dĂ©putĂ©s rappellent que la France nâest pas condamnĂ©e : lâusine Toyota dâOnnaing ou le site Renault de Douai prouvent quâune production compĂ©titive demeure possible. Lâenjeu est dâautant plus crucial que les zones frontaliĂšres, comme le Haut-Rhin, vivent en grande partie des emplois industriels.
| đ Dates marquantes de Mulhouse | ĂvĂ©nement |
|---|---|
| 1962 | Inauguration par Peugeot |
| 2012 | PremiĂšre ligne DS Automobiles |
| 2023 | Lancement Peugeot 408 |
| 2025 | ArrĂȘt temporaire de 7 jours pour stock Ă©levĂ© |
Le rapport sĂ©natorial propose par ailleurs une taxe de 10 % sur les importations de vĂ©hicules produits hors UE pour financer des aides Ă la conversion Ă©lectrique. Une mesure qui divise, mais qui souligne la tension croissante autour de lâemploi industriel français.
Conclusion intermĂ©diaire : la survie des sites français passera par une combinaison de productivitĂ© accrue, de montĂ©e en gamme technologique et dâengagement public clair.
Cap sur lâĂ©lectrification : quelles formations pour prĂ©parer lâaprĂšs-thermique ?
Anticiper plutĂŽt que subir : tel est le credo adoptĂ© par la direction de Mulhouse. LâarrĂȘt dâune semaine devient un laboratoire grandeur nature. Les modules proposĂ©s touchent aux compĂ©tences « verts », indispensables pour assembler la prochaine gĂ©nĂ©ration de vĂ©hicules. Cette transition sâinscrit dans la stratĂ©gie Dare Forward 2030 de Stellantis, qui cible 100 % de ventes Ă©lectriques en Europe dâici cinq ans.
Les formations se dĂ©ploient en partenariat avec lâUTBM (UniversitĂ© de technologie de Belfort-MontbĂ©liard). Au programme :
- đ§ DĂ©montage-reconditionnement des boĂźtes de vitesses pour hybrides.
- đ Certification haute tension niveau 2.
- đĄ Mise en rĂ©seau OTA (over the air) des calculateurs.
- â»ïž Management du recyclage des batteries.
Stellantis prĂ©voit dâallouer 3 millions dâeuros Ă ce plan de compĂ©tences. Un coĂ»t jugĂ© marginal au regard des 30 millions investis dans la modernisation des superstructures lâan passĂ©. Cette enveloppe doit aussi favoriser la mobilitĂ© interne : certains opĂ©rateurs de la ligne dâemboutissage pourront rejoindre, aprĂšs formation, la cellule prototypage de moteurs Ă©lectriques situĂ©e Ă Metz-Borny.
| đŒ MĂ©tiers ciblĂ©s | DurĂ©e formation | Ăvolution de salaire estimĂ©e |
|---|---|---|
| Technicien batteries | 6 semaines | +12 % |
| ContrÎleur qualité haute tension | 4 semaines | +9 % |
| Programmeur cobot | 8 semaines | +15 % |
DerriĂšre ces chiffres se cache un pari : retenir une main-dâĆuvre qualifiĂ©e plutĂŽt que la perdre au profit dâautres secteurs. Les exemples de Tesla Ă Berlin ou de CATL en Hongrie montrent que la demande pour ces profils croĂźt rapidement. Mulhouse, ancien bastion du moteur thermique, ambitionne donc de devenir une place forte de la propulsion Ă©lectrique.
En filigrane, se pose la question environnementale. Les associations locales saluent lâintention, mais elles exigent des garanties sur le recyclage des batteries. Un chantier que Stellantis promet dâouvrir en 2026, en lien avec lâentreprise Veolia.
Phrase-clĂ© : plus quâun simple arrĂȘt, cette semaine blanche dessine la courbe dâapprentissage qui conditionnera la pĂ©rennitĂ© du site alsacien.
Pourquoi Stellantis a-t-il choisi la semaine du 27 octobre pour sâarrĂȘter ?
Le groupe ajuste ses volumes en fonction des pics de commande. Fin octobre, les concessions bouclent leurs bilans trimestriels ; câest donc un moment propice pour réévaluer les stocks et prĂ©parer les lancements de fin dâannĂ©e.
Les salariĂ©s perdront-ils de lâargent pendant lâarrĂȘt ?
GrĂące au chĂŽmage partiel, ils touchent 84 % de leur salaire brut. Ceux qui suivent une formation perçoivent en plus une indemnitĂ© de stage financĂ©e par lâOPCO.
La production électrique sera-t-elle installée à Mulhouse ?
Oui. Stellantis a confirmĂ© la venue de la plateforme STLA Medium en 2027, ainsi quâun atelier dĂ©diĂ© aux packs batterie assemblĂ©s sur place.
Comment cette dĂ©cision sâinscrit-elle dans la stratĂ©gie globale de Stellantis ?
Elle rĂ©pond au principe dâagilitĂ© : adapter la production aux commandes pour prĂ©server la rentabilitĂ© et prĂ©parer lâĂ©lectrification sans gonfler les stocks thermiques.
Dâautres usines françaises vont-elles subir le mĂȘme sort ?
Poissy et Sochaux ont dĂ©jĂ connu des arrĂȘts. Stellantis prĂ©vient que dâĂ©ventuels ajustements ponctuels restent possibles tant que la demande restera fragile.
Source: www.europe1.fr


