Stellantis rebat ses cartes. Le gĂ©ant automobile mise sur un plan stratĂ©gique ambitieux pour inverser la courbe de sa rentabilitĂ©, aujourdâhui mise Ă mal aprĂšs deux exercices difficiles.
Le groupe annonce une collaboration internationale inédite : un partenariat chinois renforcé qui doit doper la croissance mondiale, moderniser les usines européennes et réintroduire Jeep et Peugeot sur le marché chinois.
Dans les coulisses, un budget de 60 milliards dâeuros est mobilisĂ© sur cinq ans pour financer lâinnovation, lâexpansion industrielle et un ambitieux programme dâinvestissement dans les petites voitures Ă©lectriques Ă moins de 15 000 âŹ. Les dĂ©tails clĂ©s sont dĂ©voilĂ©s ci-dessous.
| Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news. |
|---|
| â Nouveau plan stratĂ©gique sur cinq ans prĂ©sentĂ© Ă Auburn Hills, prĂšs de DĂ©troit. |
| â Partenariat chinois relancĂ© avec Dongfeng ; production locale de Peugeot et Jeep dĂšs 2027 Ă Wuhan. |
| â Partage des usines de Madrid, Saragosse et Rennes avec le constructeur Leapmotor pour optimiser les capacitĂ©s. |
| â Budget global de 60 milliards dâeuros dĂ©diĂ© aux vĂ©hicules Ă©lectriques, Ă la baisse des coĂ»ts et aux synergies. |
| â Objectif : regagner 6 points de parts de marchĂ© en Europe et 3 points aux Ătats-Unis dâici 2030. |
Un plan stratégique pour contrer la chute des ventes
Stellantis sort dâun tunnel de deux ans marquĂ© par une Ă©rosion simultanĂ©e de ses parts de marchĂ© en Europe (â6 points) et aux Ătats-Unis (â3 points). Les causes sont bien connues : pĂ©nuries de semi-conducteurs, rappels liĂ©s aux airbags Takata et au vieillissant moteur PureTech, mais aussi un positionnement prix devenu intenable face Ă la concurrence corĂ©enne et chinoise. En 2025, le rĂ©sultat net a virĂ© au rouge â 20 milliards dâeuros â alors que le groupe dĂ©gagĂ© encore 13 milliards de bĂ©nĂ©fices en 2023.
Cette dĂ©gringolade a poussĂ© le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral, Antonio Filosa, Ă bĂątir un plan stratĂ©gique en cinq pilliers. Premier pilier : la rĂ©duction de 6 milliards dâeuros de coĂ»ts fixes Ă horizon 2028, notamment via la rationalisation des plates-formes techniques et la mutualisation des achats. DeuxiĂšme pilier : le recentrage sur quatre marques dites âprioritairesâ â Peugeot, Jeep, Fiat et CitroĂ«n â capables de tirer la notoriĂ©tĂ© mondiale du groupe. TroisiĂšme pilier : lâinvestissement massif dans les batteries LFP, moins chĂšres que les cellules NMC, pour faire baisser le prix des citadines Ă©lectriques. Les quatriĂšme et cinquiĂšme pilier concernent respectivement lâaccĂ©lĂ©ration de la digitalisation des concessions et la conquĂȘte de nouveaux marchĂ©s hors Europe, au premier rang desquels la Chine et lâAsie du Sud-Est.
Filosa sâappuie sur deux rĂ©fĂ©rences historiques pour justifier ce virage. Dâabord, la stratĂ©gie de âredĂ©ploiement concentrĂ©â adoptĂ©e par Renault en 2010 autour de Dacia, devenue un cas dâĂ©cole. Ensuite, le redressement de General Motors aprĂšs la crise de 2009 : fermeture de marques pĂ©riphĂ©riques (Saturn, Pontiac) et rĂ©injection du capital dans lâingĂ©nierie Ă©lectrique. De telles analogies servent Ă convaincre les investisseurs que la saignĂ©e organisationnelle est un mal nĂ©cessaire. Dans les 72 heures ayant suivi la prĂ©sentation, lâaction Stellantis est passĂ©e de 6,12 ⏠à 7,48 âŹ, signe que la Bourse salue lâinitiative malgrĂ© une premiĂšre rĂ©action frileuse.
Le partenariat chinois : moteur dâune nouvelle croissance
En Chine, Stellantis veut effacer lâĂ©chec cuisant de 2019 : des ventes divisĂ©es par quatre en trois ans et la fermeture de la co-entreprise avec Guangzhou. Aujourdâhui, le constructeur rebondit grĂące Ă un double accord. Dâune part, la signature le 15 mai dâun contrat Ă©largi avec Dongfeng Motor prĂ©voyant la production de Jeep Compass et Peugeot 3008 dans lâusine de Wuhan. Dâautre part, lâarrivĂ©e du jeune outsider Leapmotor comme partenaire industriel dans les sites sous-utilisĂ©s de Madrid et Saragosse.
Selon les analystes de LâAutomobile Magazine, ce retour au marchĂ© chinois obĂ©it Ă une logique de ânĂ©cessitĂ© dĂ©fensiveâ : le pays reprĂ©sentait encore 30 % des ventes de vĂ©hicules Ă©lectrifiĂ©s mondiales en 2025. Sans prĂ©sence locale, Stellantis se priverait dâun laboratoire gĂ©ant pour ses futures batteries solides. Le groupe bĂ©nĂ©ficie Ă©galement dâavantages douaniers en produisant sur place, Ă©vitant les taxes supplĂ©mentaires imposĂ©es aux importations europĂ©ennes depuis 2024.
Deux chiffres illustrent le pari : 200 000 vĂ©hicules par an en capacitĂ© initiale Ă Wuhan et 110 000 Ă terme dans chaque site espagnol partagĂ© avec Leapmotor. En Ă©change, Dongfeng obtient un accĂšs privilĂ©giĂ© au rĂ©seau de distribution nord-amĂ©ricain de Stellantis pour ses propres vĂ©hicules Ă©lectriques. Câest un Ă©change de bons procĂ©dĂ©s, rarement observĂ© dans lâindustrie automobile, oĂč la peur du transfert technologique freine la coopĂ©ration. Filosa rompt ici le tabou : âMieux vaut ĂȘtre partenaire du champion chinois que victime de sa compĂ©titivitĂ©.â
La dimension politique nâest pas nĂ©gligeable. Les gouvernements europĂ©ens, inquiets des subventions massives de PĂ©kin, imposent dĂ©sormais des clauses de rĂ©ciprocitĂ© industrielle. En sâengageant Ă maintenir 5 000 emplois en Bretagne, le groupe obtient un feu vert informel de Bruxelles pour son alliance avec Dongfeng. En parallĂšle, la rĂ©gion Occitanie sâest dite prĂȘte Ă subventionner les premiers prototypes Jeep Ă hydrogĂšne qui sortiront de lâusine de Rennes en 2028, preuve que le partenariat dĂ©passe la simple ligne dâassemblage.

Réorganisation industrielle et investissement massif en Europe
Le redĂ©ploiement industriel se lit dâabord dans la cartographie des sites : fermeture de la production Ă Poissy, conversion de Rennes en hub multi-marques et montĂ©e en cadence de lâusine italienne de Pomigliano dâArco pour la gamme âe-carsâ Ă moins de 15 000 âŹ. Le plan prĂ©voit 4 milliards dâeuros dâinvestissement sur les chaĂźnes dâassemblage europĂ©ennes pour les rendre compatibles avec trois types de moteurs : Ă©lectrique, hybride lĂ©gĂšre 48 V et hydrogĂšne Ă pile combustible.
Voici, en cinq points, les mesures clés de cette réorganisation :
- đ§ Modernisation de 12 lignes dâemboutissage avec des robots ABB gĂ©nĂ©ration 2026.
- đ Installation de 800 stations de tests batteries sur les sites espagnols et français.
- đ Rationalisation logistique grĂące Ă un rĂ©seau ferroviaire interne Lyon-Saragosse.
- đ± Passage Ă 100 % dâĂ©lectricitĂ© renouvelable dans les usines dâici 2028.
- đ€ Programme de reconversion pour 3 000 salariĂ©s vers les mĂ©tiers logiciels.
Pour financer ces chantiers, Stellantis a ouvert une ligne de crĂ©dit syndiquĂ© de 12 milliards dâeuros auprĂšs de cinq banques europĂ©ennes. En prime, un crĂ©dit dâimpĂŽt âsuper-dĂ©prĂ©ciationâ votĂ© par le Parlement italien couvre 15 % des dĂ©penses de R&D. Ă lâĂ©chelle locale, les rĂ©gions concernĂ©es misent sur un multiplicateur keynĂ©sien de 1,6 : chaque million investi gĂ©nĂ©rerait 1,6 million supplĂ©mentaire dâactivitĂ© Ă©conomique, argument avancĂ© pour lĂ©gitimer le soutien public.
Le groupe parie Ă©galement sur la mĂ©thode âOne-Flowâ, inspirĂ©e du lean Toyota. Sur la ligne C5 Aircross de Chartres-de-Bretagne, les chĂąssis se dĂ©placent dĂ©sormais sur des navettes AGV capables dâadapter la hauteur selon le modĂšle. Le temps de changement dâoutillage chute de 22 minutes Ă 6 minutes. Ă terme, cette agilitĂ© doit permettre dâassembler sur une mĂȘme chaĂźne un SUV Peugeot, un utilitaire Fiat et une citadine Leapmotor, rĂ©duisant le seuil de rentabilitĂ© Ă 65 % de la capacitĂ© thĂ©orique.
Innovation et petites voitures Ă©lectriques : lâoffensive produit
Lâautre versant du plan stratĂ©gique vise lâoffre produit. DĂšs 2027, une gamme de petites voitures Ă©lectriques baptisĂ©e âe-carsâ verra le jour. Plate-forme modulable, batteries LFP de 45 kWh et autonomie annoncĂ©e Ă 350 km : les promesses sont calibrĂ©es pour une clientĂšle urbaine europĂ©enne. Lâobjectif est de proposer un prix dâattaque de 14 990 âŹ, bonus dĂ©duit, seuil jugĂ© psychologique par les distributeurs.
CitroĂ«n prĂ©pare parallĂšlement le grand retour dâune icĂŽne populaire, modernisĂ©e pour sâinscrire dans la transition Ă©nergĂ©tique : la 2CV E-Motion. Xavier Chardon, patron de la marque, a confiĂ© que le design reprendrait les arches de roues extĂ©rieures tout en intĂ©grant des Airbumps latĂ©raux. Ces futurs modĂšles devraient reprĂ©senter 40 % des volumes europĂ©ens du groupe dĂšs 2029. Pour y parvenir, Stellantis mise sur une stratĂ©gie de âdesign to costâ consistant Ă concevoir le vĂ©hicule autour dâun prix cible, un principe hĂ©ritĂ© de lâaĂ©ronautique.
| Future gamme âe-carsâ | Type de batterie | Autonomie (WLTP) | Prix estimĂ© |
|---|---|---|---|
| 2CV E-Motion đ | LFP 45 kWh | 350 km | 14 990 ⏠|
| Peugeot e-208 II ⥠| NMC 51 kWh | 410 km | 19 800 ⏠|
| Fiat Panda E-City đ | LFP 40 kWh | 320 km | 13 490 ⏠|
Ce tableau nâest pas anodin : il met en lumiĂšre lâeffort de diffĂ©renciation par la chimie batterie et le prix. Les packs LFP, moins coĂ»teux, Ă©quipent les modĂšles visant le ticket dâentrĂ©e, tandis que les cellules NMC, plus denses, habillent les versions premium. Le groupe estime que le seuil de rentabilitĂ© sur ces micro-cars pourra ĂȘtre atteint dĂšs 180 000 unitĂ©s par an, grĂące aux Ă©conomies dâĂ©chelle gĂ©nĂ©rĂ©es par le projet commun avec Leapmotor.
Enfin, lâinnovation logicielle reste un jalon central. Les futures e-cars intĂ©greront la plate-forme STLA Brain, capable de recevoir des mises Ă jour OTA hebdomadaires et dâhĂ©berger un vocal assistant dĂ©veloppĂ© avec Amazon Alexa. En clair, Stellantis entend concurrencer Tesla non plus seulement sur le produit physique, mais aussi sur lâexpĂ©rience digitale.

Enjeux géopolitiques et collaboration internationale sur le marché chinois
La rĂ©ouverture industrielle en Chine soulĂšve nĂ©cessairement la question de la souverainetĂ© technologique europĂ©enne. Bruxelles craint le siphonnage du savoir-faire en matiĂšre de propulsion Ă©lectrique. Pour minimiser ce risque, Stellantis impose dans ses contrats une clause de âpartage Ă©quilibrĂ©â : tout composant logiciel dĂ©veloppĂ© en Europe reste hĂ©bergĂ© sur des serveurs situĂ©s Ă Amsterdam, inaccessibles aux partenaires Ă©trangers. En retour, Dongfeng et Leapmotor exigent que les futures batteries solides co-dĂ©veloppĂ©es soient manufacturĂ©es Ă Chongqing, zone franche oĂč Stellantis bĂ©nĂ©ficiera dâune TVA rĂ©duite de 5 %.
Sur le plan commercial, lâalliance sino-europĂ©enne permet au groupe dâaccĂ©der Ă des mĂ©gadonnĂ©es de roulage, essentielles pour calibrer les vĂ©hicules autonomes de niveau 3. La Chine a autorisĂ© des tests grandeur nature sur 280 km dâautoroutes prĂšs de Shanghai ; une mine dâinformations que Stellantis nâaurait pu se procurer sur le vieux continent faute de cadre rĂ©glementaire unifiĂ©. Lâentreprise nourrit ici un avantage compĂ©titif significatif : ses algorithmes de conduite automatique engrangent 10 millions de kilomĂštres de data par jour, contre 4 millions seulement pour un concurrent comme Renault-Geely.
En Europe, la pression politique reste palpable. Le sujet a Ă©tĂ© dĂ©battu au SĂ©nat français lors de lâexamen de la loi Industrie Verte en avril 2026. Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, une majoritĂ© de parlementaires a validĂ© lâidĂ©e quâune croissance durable passe par une collaboration internationale, mĂȘme avec des constructeurs chinois. Le cabinet Monceau Consulting estime que chaque point de parts de marchĂ© rĂ©cupĂ©rĂ© en Chine pourrait gĂ©nĂ©rer 600 millions dâeuros de bĂ©nĂ©fices avant impĂŽts, de quoi financer un tiers de la recherche sur les batteries solides.
Des risques persistent cependant : tensions commerciales sino-amĂ©ricaines, fluctuation du yuan et incertitudes sanitaires Ă©ventuelles. Filosa lâadmet publiquement : âNotre croissance repose sur un Ă©quilibre subtil entre ouverture et vigilance.â Reste que le pari, audacieux, fait Ă©cho Ă dâautres initiatives saluĂ©es par la presse spĂ©cialisĂ©e, Ă commencer par Passion & Car, qui voit dans cette alliance âle retour dâun lion blessĂ© prĂȘt Ă rugir Ă nouveauâ.
Quand les premiers vĂ©hicules Peugeot et Jeep produits en Chine sortiront-ils d’usine ?
La production à Wuhan démarrera au second semestre 2027, avec un volume initial de 80 000 unités la premiÚre année.
Quel est le montant total du plan d’investissement annoncĂ© par Stellantis ?
Le constructeur mobilise 60 milliards dâeuros sur cinq ans, dont 12 milliards pour la modernisation de ses sites europĂ©ens.
Les petites voitures électriques à moins de 15 000 ⏠seront-elles disponibles hors Europe ?
Oui. Stellantis prévoit de lancer ces modÚles en Amérique latine et en Asie du Sud-Est à partir de 2028, sous les marques Fiat et Citroën.
Comment Stellantis compte-t-il protéger ses technologies face au risque de copie ?
Le groupe impose un cloisonnement strict des logiciels et signe des accords de propriété intellectuelle réciproques avec ses partenaires chinois.
Le retour de la 2CV électrique est-il confirmé ?
Le projet 2CV E-Motion a reçu un feu vert industriel ; le concept car sera présenté au Mondial de Paris 2026 avant la commercialisation de série en 2028.
Source: fr.finance.yahoo.com


