Symbole dâĂ©lĂ©gance mĂ©canique, Delage revient sur les routes françaises en 2026. Le nom rĂ©apparaĂźt aprĂšs plus de sept dĂ©cennies dâabsence industrielle. Entre victoires sportives, crise Ă©conomique et hypercar futuriste, son histoire invite Ă redĂ©couvrir un patrimoine automobile hors norme.
| Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news. |
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| â Delage naĂźt en 1905 Ă Levallois-Perret et choisit la course pour se faire connaĂźtre. |
| â La marque lĂ©gendaire dĂ©croche le titre mondial des Grands Prix en 1927 et devient synonyme de voiture de luxe. |
| â FragilisĂ©e par la crise des annĂ©es 30, elle disparaĂźt officiellement en 1953. |
| â En 2019, Laurent Tapie rachĂšte le nom et lance la D12, hypercar hybride de 1 000 ch. |
| â Premier exemplaire livrĂ© dĂ©but 2026 ; production limitĂ©e Ă 30 unitĂ©s, un modĂšle encore plus rapide en prĂ©paration. |
Aux origines de Delage : la volontĂ© dâun ingĂ©nieur visionnaire (1905-1914)
Louis Delage quitte Peugeot en 1905 avec une idĂ©e simple : crĂ©er la meilleure automobile lĂ©gĂšre du marchĂ©. Lâhomme de 31 ans nâa que 35 000 francs en poche, mais il parvient Ă monter son atelier Ă deux pas de la Seine. Sa stratĂ©gie repose sur un pari audacieux pour lâĂ©poque : assembler un chĂąssis maison autour de moteurs De Dion-Bouton dĂ©jĂ fiables. Ce choix rĂ©duit les risques techniques tout en accĂ©lĂ©rant la mise en production.
Pour gagner en notoriĂ©tĂ©, Delage Ă©pingle tout de suite la compĂ©tition comme levier marketing. DĂšs 1908, la Coupe des Voiturettes tombe dans son escarcelle ; la presse du temps parle dâune voiture française capable de rivaliser avec les meilleures mĂ©caniques britanniques. Lâeffet est immĂ©diat : les commandes explosent, justifiant lâagrandissement de lâusine. Un fait rarement rappelĂ© : la marque inaugure aussi lâun des premiers bureaux dâĂ©tudes entiĂšrement dĂ©diĂ©s Ă lâaĂ©rodynamique, convaincue que la vitesse passe par la rĂ©duction de la traĂźnĂ©e.
Les annĂ©es prĂ©cĂ©dant la Grande Guerre voient ainsi dĂ©filer plusieurs sĂ©ries type AO et CO, toutes saluĂ©es pour leur fiabilitĂ©. Les pilotes professionnels ne sây trompent pas : ils optent pour Delage dans la Targa Florio ou les 500 Miles dâIndianapolis, ouvrant la voie Ă un public international. Pourtant, derriĂšre ces trophĂ©es, lâentreprise reste fragile. Le modĂšle Ă©conomique mise sur des sĂ©ries courtes, voire artisanales, confirmant la vocation haut de gamme de la griffe.
Un tĂ©moignage dâĂ©poque rappelle quâune Delage pouvait parcourir Paris-Toulouse sans rĂ©paration, un exploit face aux pannes chroniques des concurrents. Cet engagement sur la fiabilitĂ© sĂ©duit les premiers industriels français, soucieux de modernitĂ© : plusieurs dirigeants de la Compagnie des Chemins de fer de lâOuest choisirent Delage comme vĂ©hicule de fonction. En moins dâune dĂ©cennie, la petite structure devient une vĂ©ritable maison dâingĂ©nierie, recrutant des talents de Puteaux Ă Courbevoie.
La PremiĂšre Guerre mondiale met un coup dâarrĂȘt brutal : les ateliers se reconvertissent en production dâobus et de camions sanitaires. Delage y gagne nĂ©anmoins un savoir-faire logistique rare pour lâĂ©poque : lâassemblage en flux tendu. Cette maĂźtrise industrielle fera la diffĂ©rence dans lâentre-deux-guerres.

MalgrĂ© la mobilisation gĂ©nĂ©rale, Louis Delage prĂ©pare dĂ©jĂ lâaprĂšs-conflit. Il esquisse les plans dâun quatre cylindres suralimentĂ© pour les circuits. Ce prototype ne verra pas la lumiĂšre avant 1920, mais il traduit la constance de la marque : toujours se projeter au-delĂ des crises.
En conclusion de cette pĂ©riode fondatrice, trois forces structurent lâADN Delage : une production de voitures lĂ©gĂšres mais solides, lâusage stratĂ©giques des compĂ©titions et une culture dâingĂ©nieurs ouverts sur le futur. Ces ingrĂ©dients formeront la recette du succĂšs dans les annĂ©es 20.
LâĂąge dâor : quand la voiture de luxe française dicte le style (1920-1935)
Le retour Ă la paix relance la course Ă lâinnovation. Delage comprend vite que la clientĂšle aisĂ©e ne veut plus seulement de la vitesse : elle rĂ©clame du raffinement. La marque lance ainsi la sĂ©rie DE Ă six cylindres puis, surtout, la mythique D8 dĂ©voilĂ©e au Salon de Paris 1929. MotorisĂ©e par un huit cylindres de 4 l, la D8 nâest pas livrĂ©e complĂšte : le client choisit un carrossier â Figoni, Chapron, Saoutchik â pour habiller le chĂąssis. Ce systĂšme de « chĂąssis nu » propulse Delage dans lâunivers de la haute couture mĂ©canique.
Les cĂ©lĂ©britĂ©s se pressent : la danseuse JosĂ©phine Baker opte pour une D6 tandis que des maharajas dâInde commandent des versions blindĂ©es. LâĂ©crivain Colette dĂ©crit mĂȘme la calandre chromĂ©e comme « un bijou roulant ». Dans les Grands Prix, le palmarĂšs continue de sâallonger : 1927 marque un titre mondial grĂące Ă Robert Benoist et ses quatre victoires consĂ©cutives. Cette performance, antĂ©rieure Ă la Formule 1, hisse Delage au rang de lĂ©gende sportive.
Pour saisir la dimension luxueuse de lâoffre, il suffit dâĂ©tudier la liste dâoptions proposĂ©e en 1931 :
- đ Boiseries en loupe dâorme ou noyer, au choix du client
- đ Horloge Jaeger intĂ©grĂ©e au tableau de bord
- đ Sellerie cuir Connolly importĂ©e de Grande-Bretagne
- đ Chauffage dâhabitacle rĂ©glable, rare pour lâĂ©poque
- đ Peinture bicolore personnalisĂ©e đš
Chaque D8 sort ainsi unique, ce qui renforce la valeur de collection actuelle. Le marchĂ© amĂ©ricain, friand de ce prestige europĂ©en, absorbe prĂšs de 20 % de la production. Un clin dâĆil historique : certaines D8 furent acheminĂ©es par bateau jusquâĂ New York, puis exposĂ©es sur la 5e Avenue.
CĂŽtĂ© technique, Delage explore lâhydraulique pour les freins et teste le premier pont arriĂšre Ă triangles obliques, cherchant toujours cette avance subtile qui ne sacrifie pas le confort. Dans une interview accordĂ©e au journal LâAuto en 1932, Louis Delage affirme : « La performance nâest rien sans la grĂące ». Phrase devenue mantra de nombreux carrossiers parisiens.
Pourtant, les nuages sâamoncellent. Le krach de 1929 touche la clientĂšle internationale, et Delage, positionnĂ©e sur le crĂ©neau haut de gamme, voit ses commandes baisser. Les coĂ»ts de production, trĂšs Ă©levĂ©s, ne permettent pas de casser les prix. Lâentreprise reste rentable quelques annĂ©es grĂące aux exportations, mais la contraction du marchĂ© europĂ©en sâavĂšre fatale. En 1935, Delage est reprise par Delahaye. Louis Delage perd sa sociĂ©tĂ©, mais lâhĂ©ritage stylistique survit : la D8 demeure un symbole de lâentre-deux-guerres.
En fermant cette parenthĂšse fastueuse, un chiffre retient lâattention : entre 1929 et 1933, une D8 sur deux Ă©tait carrossĂ©e en coupĂ©-chauffeur, signe que le prestige passait autant par la ligne que par la prĂ©sence dâun voiturier.
La descente aux enfers : crise, rachat et disparition (1935-1953)
Le rachat par Delahaye offre dâabord une bouffĂ©e dâoxygĂšne. Les gammes sont rationalisĂ©es ; la D6 continue sa carriĂšre, mais les ressources se concentrent sur la modernisation de lâoutil industriel. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale ferme les usines. Les chaĂźnes se figent, les ingĂ©nieurs sont mobilisĂ©s, et les stocks de matiĂšres premiĂšres sâĂ©vaporent. Ă lâArmistice, Delage nâa plus les reins financiers pour repartir seule.
Louis Delage vit cette pĂ©riode comme un drame intime. EndettĂ©, il doit cĂ©der son chĂąteau du Pecq Ă son ex-Ă©pouse : une scĂšne tragique rapportĂ©e par la presse locale. Les photos de lâĂ©poque montrent lâancien magnat arrivant en vĂ©lo aux ateliers Delahaye pour assurer un rĂŽle de consultant. Loin de lâimage flamboyante des annĂ©es 20.
La production se poursuit pourtant jusquâen 1953, mais sous un nom qui ne fait plus rĂȘver. Les D6 dâaprĂšs-guerre, motorisĂ©es par un six cylindres de 3 l, peinent Ă trouver leur public. Leur design, considĂ©rĂ© comme datĂ© face aux amĂ©ricaines ponton, accĂ©lĂšre le dĂ©clin. La derniĂšre Delage sort en avril 1953, sans cĂ©rĂ©monie officielle. Un chapitre se ferme.
Ce retrait entre en rĂ©sonance avec le contexte français : la IVe RĂ©publique lance de grands plans de reconstruction, favorisant les petites cylindrĂ©es populaires. Les voitures de luxe, jugĂ©es frivoles, nâont plus la cote. Delage, fleur de la Belle Ăpoque, semble condamnĂ©e Ă occuper les vitrines des musĂ©es.
Pourtant, les collectionneurs ne lâoublient pas. Dans les annĂ©es 70, la cote dâune D8 carrossĂ©e Figoni explose Ă Londres, prouvant que la marque reste un objet de dĂ©sir. Un passionnĂ© britannique sâoffre mĂȘme quatre exemplaires pour les restaurer. Cette survivance alimente les clubs historiques, prĂ©lude indispensable Ă toute renaissance.
Sans hĂ©ritier industriel, Delage glisse lentement vers la lĂ©gende. Les archives rejoignent celles de Delahaye. Les droits sur le nom passent dans des associations dâanciens salariĂ©s, baptisĂ©es « Les Amis de Delage ». Ce dĂ©tail aura son importance lorsque viendra lâidĂ©e de relancer la griffe.
En lâespace de vingt ans, lâenseigne est passĂ©e de championne du monde Ă souvenir nostalgique. Un contraste brutal qui permet de mesurer lâĂ©paisseur du dĂ©fi relevĂ© plus tard par Laurent Tapie.
Le grand retour : de la nostalgie Ă lâhypercar hybride (2019-2026)
Quand Laurent Tapie se penche sur Delage en 2019, le contexte a changé. La France cherche à rapatrier des activités industrielles et veut renouer avec son patrimoine automobile. Pour convaincre « Les Amis de Delage », Tapie imagine un projet spectaculaire : la premiÚre F1 de route homologuée, capable de dépasser les 350 km/h tout en restant exploitable sur la voie publique.
Le plan sĂ©duit rapidement des investisseurs prestigieux â Antoine Arnault, Xavier Niel, les familles Pinault â grĂące, notamment, Ă une Ă©tude dâimpact Ă©conomique promettant 150 emplois Ă Magny-Cours. Tapie recrute Jacques Villeneuve comme pilote-essayeur, choisissant la lĂ©gitimitĂ© dâun champion du monde. Les Ă©tapes clĂ©s du redĂ©marrage se rĂ©sument ainsi :
- đ 2019 : acquisition du nom Delage Automobiles auprĂšs de lâassociation.
- đ§ 2020 : installation des ateliers sur lâancien circuit F1 de Magny-Cours.
- đ 2022 : premiers prototypes de la D12 tournent en soufflerie.
- đ 2024 : record de vitesse sur le Banking de Linas-MontlhĂ©ry.
- đ 2026 : premiĂšre livraison Ă un client amĂ©ricain.
Lâengin, baptisĂ© D12, adopte un V12 atmosphĂ©rique de 7,6 l couplĂ© Ă un moteur Ă©lectrique de 110 ch. La puissance combinĂ©e tutoie les 1 000 ch. Le conducteur, positionnĂ© au centre, retrouve des sensations de monoplace ; un deuxiĂšme passager prend place en tandem juste derriĂšre. LâaĂ©rodynamique active gĂšre flaps et ailerons via un algorithme dĂ©veloppĂ© avec lâUniversitĂ© de Nantes.
Les performances annoncĂ©es â 0 Ă 100 km/h en 2,4 s â placent Delage en concurrence frontale avec Koenigsegg ou Bugatti. Pourtant, la communication insiste sur un ADN français : sellerie signĂ©e HermĂšs, volants moulĂ©s Ă Molsheim et peinture appliquĂ©e dans les anciennes cabines de lâusine Matra.
Plus quâune voiture, la D12 sert de vitrine technologique : freins Ă disques carbone-cĂ©ramique français, batterie issue dâun partenariat avec lâINSA Lyon, et fibre de lin naturelle renforçant la coque. Laurent Tapie affirme dans une interview Ă©conomique que « chaque composant doit raconter une histoire hexagonale ».
LâĂ©cho mĂ©diatique se propage vite. Le site officiel de la marque ouvre un configurateur en rĂ©alitĂ© augmentĂ©e permettant de visualiser la voiture dans son garage. Les rĂ©seaux sociaux enregistrent des millions de vues lorsque Villeneuve publie une camĂ©ra embarquĂ©e Ă 330 km/h.
La renaissance ne sâarrĂȘte pas lĂ . Un second modĂšle, encore secret, viserait 500 km/h. Rumeur ou rĂ©alitĂ© ? Les brevets dĂ©posĂ©s montrent un V10 biturbo hybride, signe que Delage entend rester au sommet de lâindustrie automobile hyper-sportive.
Dans un marché dominé par les SUV électriques, Delage parie sur la passion mécanique pour exister. Et le pari semble payant : la production limitée à 30 unités de D12 est déjà réservée.
Un hĂ©ritage dynamisĂ© : impact sur lâindustrie automobile française et perspectives
Le retour de Delage dĂ©passe la simple sortie dâune hypercar. Il remet la lumiĂšre sur le savoir-faire tricolore, rappelant quâun pays peut conjuguer tradition et futur. Les observateurs notent trois rĂ©percussions directes :
- đ«đ· Relocalisation : la petite chaĂźne dâassemblage Ă Magny-Cours redynamise un bassin touchĂ© par la dĂ©sindustrialisation.
- đŹ Transfert technologique : les composites biosourcĂ©s dĂ©veloppĂ©s pour la D12 pourraient Ă©quiper les citadines françaises de demain.
- đ Ăducation : un programme de stages attire dĂ©jĂ des Ă©lĂšves-ingĂ©nieurs dĂ©sireux de travailler sur une marque lĂ©gendaire.
Les institutions publiques y voient lâoccasion de mettre en avant le patrimoine sans tomber dans le passĂ©isme. Les 24 Heures du Mans, par exemple, prĂ©voient dâexposer une D8 restaurĂ©e Ă cĂŽtĂ© dâune D12 lors de lâĂ©dition du centenaire. Ce face-Ă -face incarne visuellement le lien entre histoire et innovation.
Un tableau résume les bénéfices économiques anticipés :
| đ„ Emplois directs | đ Chiffre dâaffaires annuel | đł Innovations vertes |
|---|---|---|
| 150 en 2026 | 120 M⏠estimés | Fibre de lin, peinture sans solvant |
| 200 en 2028 | 200 M⏠projetés | Batteries solides made in France |
Dans ce contexte, les analystes pensent que le succĂšs de Delage pourrait encourager dâautres rĂ©surrections de marques dormantes. On cite dĂ©jĂ Salmson ou Facel Vega dans les couloirs de Bercy. Lâenjeu : conjuguer nostalgie et exigences climatiques.
La rĂ©ussite de la D12 dĂ©montre aussi quâun produit dâexception peut servir de laboratoire. Les freins carbone-cĂ©ramique testĂ©s ici seront sans doute dĂ©clinĂ©s, Ă coĂ»t rĂ©duit, sur des sportives plus accessibles. Preuve que la haute technologie irrigue tout lâĂ©cosystĂšme.
Dernier point, la communication : Delage maĂźtrise parfaitement lâart du storytelling, mĂȘlant images dâarchives noir-et-blanc et vidĂ©os 8K de la D12. Cette stratĂ©gie renforce lâattachement Ă©motionnel Ă la marque et nourrit un bouche-Ă -oreille positif dans la communautĂ© automobile mondiale.
Le rideau nâest donc pas prĂȘt de retomber sur la marque lĂ©gendaire ; au contraire, Delage sâimpose comme un exemple moderne de renaissance industrielle, prouvant quâun passĂ© glorieux peut devenir le moteur dâun futur innovant.

Qui est Ă l’origine de la renaissance de Delage ?
L’entrepreneur Laurent Tapie rachĂšte les droits en 2019, rassemble des investisseurs français et installe la production Ă Magny-Cours.
Combien d’exemplaires de la Delage D12 seront produits ?
La production est limitĂ©e Ă 30 voitures, toutes dĂ©jĂ rĂ©servĂ©es, afin de prĂ©server l’exclusivitĂ© et la valeur patrimoniale.
La D12 est-elle vraiment homologuée pour la route ?
Oui, le modÚle a obtenu son homologation routiÚre en 2025 aprÚs des tests réalisés sur circuit et sur voies ouvertes en France et en Californie.
Quelles sont les performances clés de la D12 ?
Avec 1 000 ch, la D12 abat le 0-100 km/h en 2,4 s et atteint plus de 350 km/h, grùce à un V12 atmosphérique couplé à un moteur électrique.
Delage prĂ©voit-il d’autres modĂšles ?
Un second projet, encore confidentiel, viserait la barre symbolique des 500 km/h en combinant V10 biturbo et hybridation.
Source: www.leprogres.fr


