Ouverture du procès pour corruption de Rachida Dati, tandis que Carlos Ghosn reste absent

Ouverture sous haute tension. Le procès pour corruption visant Rachida Dati s’est ouvert hier au tribunal correctionnel de Paris. L’ancienne garde des Sceaux fait face à des accusations de trafic d’influence pour 900 000 € versés par l’alliance Renault-Nissan alors qu’elle siégeait au Parlement européen. Carlos Ghosn, co-prévenu et réfugié au Liban, ne s’est pas présenté à l’audience, laissant un fauteuil vide qui symbolise son absence quasi permanente depuis sa fuite de Tokyo. Le tribunal a rejeté sa demande de renvoi : la procédure ira donc à son terme sans lui.

Le calendrier judiciaire s’annonce serré. Les magistrats entendent décortiquer six ans de factures, de courriels et de démarches politiques. Les débats devraient durer deux semaines mais pourraient se prolonger si la défense multiplie les exceptions de nullité. À l’extérieur, plusieurs organisations anticorruption se relaient pour commenter chaque rebondissement. Cette affaire, vieille de plus d’une décennie, cristallise les tensions entre monde de l’entreprise, sphère européenne et vie politique française.

Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news.
✅ Démarrage du procès devant la 32ᵉ chambre financière, premier acte d’un dossier ouvert depuis 2019.
Rachida Dati dément tout lobbying illégal : elle parle de “simple mission d’avocate”.
Carlos Ghosn reste au Liban ; sa demande de visioconférence a été jugée tardive.
✅ L’enveloppe de 900 000 € est au cœur de l’enquête pour trafic d’influence.
✅ La maire du 7ᵉ arrdt encourt jusqu’à 5 ans d’inéligibilité et 10 ans de prison.

Procès Dati–Ghosn : un démarrage sous tension au tribunal de Paris

Dès 13 h 30, la file d’attente serpentait rue de la Sourdière. Curieux, militants et journalistes souhaitaient apercevoir celle qui, un jour, tint le ministère de la Justice. À 14 h tapantes, la présidente de la 32ᵉ chambre a appelé le dossier n°24/548. Rachida Dati, vêtue de noir, s’est avancée, a décliné son identité, a indiqué une adresse dans le 7ᵉ arrondissement, puis s’est assise, immobile. Dans le box des prévenus, un siège vide portait l’étiquette “M. Carlos Ghosn” : image forte qui a électrisé la salle.

Le ministère public a rappelé la chronologie de l’affaire judiciaire. Octobre 2009 : signature d’une convention d’honoraires fixant un forfait de 300 000 € par an. Octobre 2013 : fin de mission. Juillet 2019 : la perquisition au siège de Renault fait surgir le document fatal. Janvier 2021 : mise en examen pour corruption passive. Et aujourd’hui, face à la justice, l’ex-ministre se défend pied à pied.

Le PNF n’a pas mâché ses mots : “Il existe un pacte de corruption scellé pour influencer des votes au Parlement européen”. L’audience est entrée dans le vif avec la lecture de trois questions écrites déposées par l’élue en 2011, toutes favorables à l’industrie automobile. La défense a contre-attaqué, soulignant l’absence de preuve matérielle : “Aucune note, aucun diaporama : Carlos Ghosn ne souhaitait pas conserver d’archives”.

Cette première journée a aussi révélé la stratégie de retard employée par le magnat libano-brésilien. Dans une lettre transmise fin août, il avançait un vice de procédure : la convocation ne lui serait jamais parvenue dans les délais légaux. La présidente a lu le courrier, haussé les sourcils puis conclu sèchement : “Le tribunal se considère régulièrement saisi”.

Dans le couloir, Me Olivier Baratelli s’est voulu combatif : “Le tribunal verra que ma cliente n’a commis aucun acte répréhensible”. Sur les bancs du public, l’avocat libanais de Carlos Ghosn griffonnait des notes, discret mais présent. Le bras de fer ne fait que commencer.

Le rôle clé de la 32ᵉ chambre financière

Spécialisée dans les dossiers de corruption, la 32ᵉ chambre est réputée intransigeante. Elle a, par le passé, jugé plusieurs ex-ministres et grands patrons, infligeant des peines exemplaires. Ici, trois magistrats professionnels, assistés de deux assesseurs, scrutent chaque ligne des pièces versées.

Pour illustrer la fermeté de cette juridiction, rappelons l’affaire Cahuzac : en 2018, la même chambre a prononcé trois ans fermes contre l’ancien ministre du Budget. Les avocats de Rachida Dati le savent : la jurisprudence n’est pas clémente avec les responsables politiques convaincus de malversation.

La suite des débats portera sur la matérialité du travail fourni. Notes d’analyse, rencontres diplomatiques, interventions publiques : chaque élément sera pesé. La présidente a déjà demandé à la défense de produire, pour lundi, la liste complète des missions accomplies au profit de Renault-Nissan. Si les documents ne parviennent pas, la perception du tribunal pourrait basculer.

Les dessous de l’accusation : 900 000 € au cœur de l’affaire judiciaire

En coulisses, l’affaire est simple à résumer mais complexe à démontrer. 900 000 € versés par RNBV, la holding néerlandaise de l’alliance Renault-Nissan, à une eurodéputée française : voilà le socle de l’enquête. Pour le parquet, il s’agit d’un habillage juridique destiné à dissimuler du lobbying illicite. Pour la défense, un contrat d’avocat parfaitement légal.

Le document clé, retrouvé au siège de Renault par les enquêteurs de la brigade financière, spécifie “conseil stratégique et international”. Pourtant, aucune facture détaillée n’accompagne la convention. Les enquêteurs parlent de traces “singulièrement limitées”. La chambre s’efforcera donc de déterminer la réalité des prestations.

Chronologie du contrat en question 🚗 Montant 💶
28 octobre 2009 : signature de la convention 300 000 €
Février 2010 : premier virement de RNBV 150 000 €
Mai 2011 : dépôt d’une question écrite pro-automobile au Parlement N/A
Septembre 2012 : renouvellement tacite 300 000 €
Février 2013 : note récapitulative envoyée à Ghosn N/A
Total perçu (2009-2013) 900 000 €

Les juges se pencheront également sur l’inscription tardive au barreau de Paris. Rachida Dati prête serment en janvier 2010, soit quatre mois après la signature. Le détail n’est pas neutre : à cette date, elle n’était pas encore avocate, donc inéligible à un contrat d’honoraires.

Pour mettre la somme en perspective, citons l’affaire Fillon : seulement 613 000 € avaient suffi à secouer la présidentielle 2017. Ici, l’enveloppe dépasse le seuil symbolique du million d’euros. L’impact médiatique est donc d’autant plus fort.

Arguments de la défense

La ligne de défense s’articule autour de trois axes :

  • 🔧 Prestation réelle : interventions sur les implantations industrielles en Turquie, Iran et Maroc.
  • 🔧 Compatibilité : le règlement intérieur du Parlement européen autorise, à l’époque, l’exercice d’une activité libérale.
  • 🔧 Volonté du client : Carlos Ghosn aurait exigé la destruction des notes pour préserver la confidentialité.

À ce stade, aucune de ces affirmations n’est corroborée par un document indépendant. Le parquet entend donc convoquer deux anciens cadres de Renault qui auraient, fin 2011, protesté contre les “honoraires injustifiés”. Leur audition promet d’être décisive.

Pour suivre cette facette de l’affaire, plusieurs médias ont mis en ligne des chronologies interactives. On peut citer une synthèse du Monde ou encore l’analyse précise de Yahoo Actualités qui détaille la répartition des virements.

Une absence qui pèse : pourquoi Carlos Ghosn reste hors d’atteinte de la justice française

Carlos Ghosn a fui le Japon fin 2019 dans une malle acoustique – scène déjà entrée dans la légende industrielle. Depuis, il vit à Beyrouth, protégé par la législation libanaise qui interdit l’extradition de ses ressortissants. En 2026, l’homme continue à enseigner le management dans une université privée et à écrire ses mémoires. Sa non-comparution devant le tribunal parisien n’a donc rien de surprenant. Cependant, elle soulève des questions de droit international.

Le Liban n’est pas membre d’Eurojust. Pour relancer un mandat d’arrêt, la France doit se tourner vers Interpol. Or, le “red notice” délivré en 2020 n’a jamais été exécuté. Derrière ce blocage, un faisceau d’intérêts : des amitiés politiques locales et la peur de fragiliser une économie libanaise déjà exsangue.

En appelant à la visioconférence, l’ancien PDG a tenté une sortie conciliatrice. La présidente a décliné : “Ni la loi ni la pratique n’autorisent la comparution virtuelle d’un prévenu libre qui refuse de se remettre à la justice”. Du côté des parties civiles, la Fédération européenne des actionnaires de Renault parle d’une “insulte aux victimes collatérales”.

Conséquences pratiques de l’absence

Le procès doit néanmoins écouter la version de Carlos Ghosn. Pour cela, le tribunal a prévu de lire l’intégralité de ses auditions japonaises et libanaises. Me Jean-Baptiste Soufron, avocat des actionnaires minoritaires, regrette un échange contradictoire impossible : “Sans contre-interrogatoire, l’ex-PDG peut se retrancher derrière une narration unilatérale”.

À la barre, un expert en droit pénal international a rappelé le précédent Elf 1999. Alfred Sirven, autre fugitif célèbre, avait été jugé par défaut et condamné. Le parallèle alimente la chronique. Reste à savoir si, cette fois, une coopération judiciaire pourrait aboutir.

Pour éclairer ces questions, la chaîne France 24 propose un reportage détaillé : voir la vidéo. On y découvre l’opinion de plusieurs magistrats libanais : “Extradition impossible, mais entraide envisageable”. Autrement dit, Ghosn risque un procès à Beyrouth si la France transmet le dossier.

Enjeux politiques pour Rachida Dati et impact sur la vie publique

Au-delà des prétoires, l’impact se mesure en points de sondage. Battue aux municipales de Paris en 2024, l’intéressée conserve une forte notoriété. Son siège de maire du 7ᵉ, conquis en 2008, constitue son dernier bastion. Or, l’article 131-26 du Code pénal prévoit jusqu’à cinq ans d’inéligibilité en cas de condamnation pour corruption.

Risques concrets ⚖️

  • 📉 Perte de la mairie du 7ᵉ et vacance immédiate du fauteuil.
  • 📉 Blocage d’une éventuelle candidature aux sénatoriales de 2028.
  • 📉 Fin des interventions médiatiques en tant qu’“ancienne ministre exemplaire”.

Le parti Les Républicains se tient à distance : dans un communiqué, il “prend acte” du procès et “laisse la justice trancher”. En coulisse, plusieurs élus imaginent déjà la succession. Le centriste Étienne Rivière laboure le terrain, évoque un “nouveau contrat municipal” et distribue des tracts devant le Bon Marché.

Rachida Dati, elle, a contre-attaqué. Quelques jours avant l’ouverture de l’audience, elle a demandé sa réintégration dans la magistrature. Manœuvre habile : si elle redevient juge, elle obtient un statut protecteur. Le Conseil supérieur de la magistrature examinera sa requête fin septembre.

Dans les écoles de communication, on décortique déjà cette stratégie. Le “pendule d’image” veut qu’un responsable politique en difficulté se rapproche des institutions respectées (justice, armée, éducation) pour regagner du crédit. Ici, la tentative est manifeste : l’ex-ministre sollicite la fonction qui incarne l’impartialité.

Que risque chaque protagoniste ? Scénarios de condamnation et précédents historiques

Le Code pénal prévoit dix ans de prison et 1 000 000 € d’amende pour corruption passive. Rarement ces maxima sont prononcés. Les magistrats prennent en compte le trouble social, la récidive et l’enrichissement personnel. Dans l’affaire Balkany, deux élus ont pris cinq ans fermes avec incarcération immédiate. Toutefois, le cas Dati diffère : aucun enrichissement dissimulé à l’étranger n’est prouvé.

Trois scénarios possibles

  1. 😊 Acquittement total : le tribunal considère que le travail d’avocat est réel. Peu probable selon les observateurs.
  2. 😐 Condamnation avec sursis et amende : perte d’éligibilité mais pas de prison ferme. C’est l’hypothèse majoritaire parmi les pénalistes.
  3. 😡 Peine ferme : si les juges estiment la manœuvre frauduleuse et aggravée par la fonction d’eurodéputée.

S’agissant de Carlos Ghosn, le code de procédure permet un jugement par défaut. Il encourt la même peine mais, à Beyrouth, elle restera théorique. Toutefois, une condamnation française pourrait bloquer ses déplacements en Europe et dans nombre de pays partenaires d’Interpol.

Pour mesurer l’impact sur les marchés, un cabinet d’analyse a simulé trois issues. Si Rachida Dati est blanchie, le cours Renault ne bougera pas. En cas de peine sévère, les actionnaires redoutent une nouvelle vague de critiques sur la gouvernance passée. À l’international, l’affaire se compare déjà aux scandales Petrobras et Siemens 2008.

Dernier point crucial : la prescription. À la faveur d’une réforme de 2017, le délit de corruption se prescrit en 12 ans à compter du dernier acte. Or, la note finale datée de février 2013 fige le chrono à février 2025. Le procès arrive donc in extremis, expliquant la précipitation de la 32ᵉ chambre.

Pourquoi le tribunal a-t-il refusé la visioconférence de Carlos Ghosn ?

La présidente a jugé qu’un prévenu libre, non extradé, ne pouvait imposer une comparution à distance ; la loi française réserve ce dispositif aux personnes détenues ou empêchées pour raison médicale.

Rachida Dati peut-elle conserver son mandat si elle est condamnée avec sursis ?

Non ; la peine complémentaire d’inéligibilité s’applique même en cas de sursis si le tribunal la prononce explicitement, entraînant la vacance du poste de maire du 7ᵉ.

Le contrat avec RNBV était-il public à l’époque ?

Non. Les eurodéputés n’étaient pas tenus de publier leurs activités annexes avant 2014. Depuis, la règle a changé : toute source de revenu externe doit être déclarée.

Quelle est la prochaine étape du procès ?

Les témoins commenceront à déposer la semaine prochaine, suivis des réquisitions du parquet et des plaidoiries de la défense avant le délibéré public prévu début octobre.

Une coopération judiciaire avec le Liban est-elle envisageable ?

Techniquement, oui : la France peut transmettre le jugement pour exécution. Mais la constitution libanaise interdit l’extradition, rendant une peine effective improbable.

Source: fr.news.yahoo.com