En 1907, une Itala 35/45 HP reliait PĂ©kin Ă Paris et entrait dans la lĂ©gende. En mai 2025, au musĂ©e national de lâautomobile de Turin, la marque turinoise a repris vie sous lâimpulsion du groupe DR. Entre mĂ©moire hĂ©roĂŻque et technologies dâaujourdâhui, Itala prĂ©pare un retour haut en couleur pour 2026. Les lignes qui suivent dĂ©cryptent les enjeux de cette renaissance trĂšs attendue.
| Pas le temps de tout lire ? Voici quoi retenir de la news. đ |
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| â Itala fut lâune des premiĂšres marques de sport et de luxe en Italie (1903-1934). |
| â Le groupe DR relance lâenseigne avec un premier modĂšle nommĂ© Itala 35. |
| â Plateforme fournie par le constructeur chinois GAC, design signĂ© Italdesign. |
| â Assemblage partiel en Molise grĂące Ă un investissement de 50 millions âŹ. |
| â Six vĂ©hicules prĂ©vus dâici 2028 : essence, hybrides et 100 % Ă©lectriques. |
Itala : de la course Susa-Moncenisio à la légende du raid Pékin-Paris
Il faut revenir au dĂ©but XXe siĂšcle pour comprendre la fascination exercĂ©e par cette marque mythique. FondĂ©e en 1903 par Matteo Ceirano Ă Turin, Itala sâillustre dĂšs 1904 en remportant la course de cĂŽte Susa-Moncenisio. LâannĂ©e suivante, la Coppa Florio tombe Ă©galement dans son escarcelle. Les succĂšs se multiplient : doublĂ© Ă la Targa Florio 1906, puis point dâorgue absolu en 1907 avec le raid PĂ©kin-Paris remportĂ© par le prince Scipione Borghese. Cette traversĂ©e de 16 000 km, sans cartes fiables ni routes asphaltĂ©es, consacre lâesprit dâinnovation que les mĂ©caniciens turinois insufflent alors Ă lâautomobile.
Au-delĂ des trophĂ©es, Itala dĂ©veloppe des solutions techniques inĂ©dites : chĂąssis tubulaire allĂ©gĂ©, moteurs Ă soupapes coulissantes et boĂźtes sĂ©quentielles primitives. Lâaudace se paie nĂ©anmoins au prix fort. En 1911, les lourds investissements dĂ©stabilisent la trĂ©sorerie. La guerre mondiale prĂ©cipite la chute : rĂ©quisitions dâusines, pĂ©nurie de main-dâĆuvre, puis inflation galopante. DĂšs 1934, la marque cesse toute activitĂ©. Pourtant, dans les clubs de voitures classiques, le blason Itala demeure synonyme dâĂ©lĂ©gance et de panache.
Les historiens rappellent souvent que si Fiat a bĂąti un empire, Itala a sculptĂ© un mythe. En tĂ©moigne lâexemplaire 35/45 HP du musĂ©e de Turin, encore bardĂ© de poussiĂšre mongole et chinoise. Pour beaucoup, cette mĂ©canique victorienne incarne une Italie conquĂ©rante, sĂ»re de son art mĂ©canique et de son gĂ©nie industriel. Les collectionneurs dâaujourdâhui paient des fortunes pour une 11/9 HP, pourtant moins performante quâune citadine moderne, preuve que lâaura du nom surpasse les chiffres bruts.
Dans les annĂ©es 1980, plusieurs tentatives de rĂ©surrection Ă©chouent faute de capitaux. Il aura donc fallu attendre 2025 pour quâun consortium menĂ© par Massimo Di Risio (DR Automobiles) parvienne Ă sĂ©curiser un plan industriel crĂ©dible. Lâobjectif ? Profiter du regain dâintĂ©rĂȘt pour lâhĂ©ritage italien et proposer une gamme premium capable dâaffronter les marques germaniques. Le pari sâannonce ambitieux, mais la lĂ©gende Itala possĂšde lâingrĂ©dient Ă©motionnel qui manque Ă bien des start-up automobiles.

Renaissance industrielle : lâalliance ItalieâChine dĂ©cryptĂ©e
Prononcer « dĂ©localisation » suffit parfois Ă enflammer les passions. Dans le cas dâItala, le montage industriel repose sur une Ă©quation globale. Les plateformes modulaires sont fournies par GAC, poids lourd chinois dĂ©jĂ aux cĂŽtĂ©s dâAion et de Nio. Le design reste confiĂ© Ă Italdesign, studio piĂ©montais fondĂ© par Giugiaro. Lâassemblage final, lui, sâeffectuera partiellement Ă Macchia dâIsernia, petite ville du Molise, grĂące Ă un investissement confirmĂ© de 50 millions dâeuros.
Roberto Fedeli, ancien ingĂ©nieur de Ferrari et dâAlfa Romeo, pilote la direction technique. Son mantra est clair : « Fabriquer oĂč câest pertinent, crĂ©er oĂč câest indispensable. » Les piĂšces lourdes â batteries, organes de traction â viendront de Chine, tandis que la mise au point chĂąssis et les finitions cuir seront rĂ©alisĂ©es en Italie. Ce partage des tĂąches permet de contenir le prix de vente tout en valorisant le toucher de route typiquement transalpin.
DR Automobiles nâest pas seul sur ce crĂ©neau. MG ou Lotus suivent dĂ©jĂ des schĂ©mas proches. Mais ici, la narration historique ajoute une couche de dĂ©sir. Selon lâannonce dĂ©taillĂ©e par Motor1, lâaccord avec GAC inclut lâaccĂšs au rĂ©seau logistique mondial du gĂ©ant asiatique. RĂ©sultat : des dĂ©lais de livraison rĂ©duits Ă trois mois, un exploit pour une marque renaissante.
CĂŽtĂ© gouvernance, un « ComitĂ© Patrimoine » composĂ© de musĂ©es et dâanciens pilotes veille Ă la cohĂ©rence stylistique. Les rĂ©unions se tiennent dans la bibliothĂšque historique du MAUTO, symbole de la passerelle entre passĂ© et futur. Le pari est de transformer un rĂ©cit de musĂ©e en gamme vendable Ă grande Ă©chelle.
Cette stratĂ©gie hybride interpelle les Ă©conomistes. Peut-on rester authentiquement italien lorsque le soubassement vient de Canton ? Lâexemple de Ducati, propriĂ©tĂ© dâAudi, prouve quâun ADN peut survivre Ă la mondialisation. Itala espĂšre suivre ce chemin en misant sur la mise au point dynamique, la sellerie artisanale et lâodeur du cuir pleine fleur, trois marqueurs que GAC ne peut industrialiser Ă bas coĂ»t.
Itala 35 : fiche technique, design et expérience à bord
Premier chapitre concret de la relance, lâItala 35 revendique un clin dâĆil explicite au bolide PĂ©kin-Paris. Longue de 4,41 m, la carrosserie mĂ©lange codes SUV et fastback. Les arches de roues laquĂ©es rappellent les garde-boue rivetĂ©s des annĂ©es 1900, tandis que la calandre chromĂ©e reprend la forme en bouclier du blason originel. Ă lâintĂ©rieur, la planche de bord alterne cuir brun et aluminium brossĂ© ; lâĂ©cran central de 10,25 pouces se fond dans un dĂ©cor volontairement Ă©purĂ©.
Sous le capot, un quatre-cylindres 1,5 l turbo de 170 ch entraĂźne les roues avant via une boĂźte double embrayage Ă sept rapports. Lâexercice du 0-100 km/h serait accompli en 7,5 s, vitesse maxi annoncĂ©e : 190 km/h. Les ingĂ©nieurs ont privilĂ©giĂ© le compromis confort/agilitĂ© : amortisseurs pilotĂ©s, barre antiroulis active Ă lâarriĂšre et direction Ă assistance variable.
| Ăquipement clĂ© du modĂšle 35 đ | DĂ©tail |
|---|---|
| â ConnectivitĂ© | Apple CarPlay sans fil, recharge Ă induction |
| â Confort | Toit panoramique, sellerie cuir-Alcantara |
| â Aides Ă la conduite | CamĂ©ras 360°, stationnement automatisĂ© |
| â Performances | 170 ch, 7,5 s au 0-100, 190 km/h |
| â Tarification | 35 000 ⏠clĂ©s en main |
La marque prĂ©voit dâouvrir cinquante points de vente europĂ©ens dâici fin 2026, avec un premier showroom turinois. Le configurateur en ligne, dĂ©veloppĂ© par une start-up de Bologne, intĂšgre la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e : le client place virtuellement lâauto dans son garage avant de valider. Un service de conciergerie historique propose, moyennant 1 200 âŹ, une visite guidĂ©e du raid PĂ©kin-Paris sur Google Earth commentĂ©e par un historien.
Pour les nostalgiques, un pack « Heritage » ajoute jantes fil, bagagerie en cuir ciré et badge commémoratif numéroté. Selon une analyse technique sur Autolyse, ce pack coûterait 4 900 ⏠et devrait capter 30 % des acheteurs, preuve que le storytelling reste un levier commercial puissant.
Effet domino : lâinfluence dâItala sur lâautomobile europĂ©enne
La relance dâune marque dormante nâest pas anodine. Elle interroge la mĂ©moire collective et stimule la concurrence. LâItalie compte dĂ©jĂ Alfa Romeo, Maserati ou Lancia, chacune jouant la carte de la tradition. Dans ce paysage, Itala se pose en trait dâunion entre histoire automobile et accessibilitĂ©. Proposer un SUV chic Ă 35 000 ⏠quand la plupart des rivaux dĂ©passent 45 000 ⏠pourrait rebattre les cartes du segment premium.
Les Ă©quipementiers se frottent les mains. Brembo fournira les Ă©triers de future dĂ©clinaison hybride rechargeable, tandis que Pirelli dĂ©veloppe un pneu P Zero spĂ©cial, ornĂ© dâun liserĂ© vert â couleur dâorigine du logo Itala. Le gouvernement italien voit Ă©galement dâun bon Ćil cette aventure susceptible de crĂ©er 400 emplois directs dans une rĂ©gion â le Molise â touchĂ©e par lâexode industriel.
Au-delĂ de la pĂ©ninsule, la presse allemande note avec ironie que Munich et Stuttgart gardent un Ćil sur le dossier. Si le modĂšle 35 sĂ©duit, dâautres labels historiques pourraient renaĂźtre. De Dion-Bouton en France ou Spyker aux Pays-Bas scrutent dĂ©jĂ la rĂ©action des marchĂ©s.
Les analystes de Bank of Europe estiment quâun succĂšs dâItala pourrait gĂ©nĂ©rer 1,2 milliard ⏠de chiffre dâaffaires cumulĂ© sur quatre ans. Ă titre de comparaison, Cupra a mis trois ans pour atteindre ce palier. Lâeffet domino pourrait doper la filiĂšre cuir, la fonderie aluminium mais aussi les centres de R&D spĂ©cialisĂ©s dans la conduite autonome de niveau 3 que la marque prĂ©voit pour 2027.

Enfin, le tourisme industriel se renforce. Les musĂ©es de Turin, Varano deâ Melegari et ModĂšne prĂ©parent un pass commun baptisĂ© « Itala Route ». Contre 60 âŹ, le visiteur dĂ©couvre lâĂ©volution de lâautomobile italienne des annĂ©es 1900 aux prototypes Ă©lectriques. Une maniĂšre subtile de transformer la nostalgie en revenu culturel.
Collectionneurs, fans et future gamme : un écosystÚme en construction
Le succĂšs dâune marque ne dĂ©pend pas seulement des usines. Il repose aussi sur les clubs, forums et Ă©vĂ©nements qui nourrissent la passion. En Italie, une douzaine de clubs Itala dormaient depuis des dĂ©cennies. Ils se regroupent dĂ©sormais sous la banniĂšre « Registro Itala » afin de crĂ©er des rallyes historiques et des bourses dâĂ©change de piĂšces refabriquĂ©es.
DR Automobiles promet six nouveautĂ©s dâici 2028 : micro-hybride, hybride 125 kW, range extender et un roadster 100 % Ă©lectrique. Pour clarifier cette feuille de route, voici la chronologie prĂ©vue :
- đ§ 2026 : Itala 35 essence (commercialisation)
- đ 2027 : Itala 35 PHEV, autonomie Ă©lectrique 80 km
- ⥠2027 : Concept roadster zéro émission dévoilé à Milan
- đ 2028 : SUV coupĂ© 400 ch hybride lĂ©ger
- đ 2028 : Hypercar en sĂ©rie limitĂ©e, hommage Ă la 35/45 HP
Plusieurs plates-formes dâimpression 3D travaillent dĂ©jĂ sur la reproduction de piĂšces de 11/9 HP pour satisfaire les restaurations. Le but : maintenir le lien entre voiture classique et modĂšles contemporains. Cette passerelle se traduit par un programme baptisĂ© « Heritage Care » : diagnostic moteur dâĂ©poque, fourniture de manuels numĂ©risĂ©s et certification officielle dĂ©livrĂ©e en 48 h.
Enfin, lâacadĂ©mie Itala ouvrira en 2026 Ă Mirafiori. Vingt Ă©tudiants en design y plancheront chaque annĂ©e sur des projets mĂȘlant art dĂ©co et mobilitĂ© durable. Objectif affichĂ© : former la prochaine gĂ©nĂ©ration de stylistes capables dâallier respect du patrimoine et exigences Ă©cologiques contemporaines. Une idĂ©e simple : sans transmission du savoir, aucune renaissance ne dure.
OĂč sera produite lâItala 35 ?
La carrosserie brute provient des usines GAC en Chine, tandis que lâassemblage final et la mise au point chĂąssis se font Ă Macchia dâIsernia, au sud de lâItalie.
Ă quel prix la marque positionne-t-elle son premier modĂšle ?
Le tarif annoncé est de 35 000 ⏠tout compris, soit un positionnement agressif face aux SUV premium européens.
Combien de modĂšles Itala sont prĂ©vus dâici 2028 ?
Six véhicules couvrant motorisations essence, hybrides et 100 % électriques figurent déjà sur la feuille de route officielle.
Le design reste-t-il italien malgré la base chinoise ?
Oui : Italdesign assure la totalitĂ© du style extĂ©rieur et intĂ©rieur, et un ComitĂ© Patrimoine vĂ©rifie la cohĂ©rence avec lâADN originel.
Que devient le patrimoine historique des anciennes Itala ?
Un programme Heritage Care propose restauration, piĂšces refabriquĂ©es et certification des modĂšles dâĂ©poque pour maintenir le lien entre passĂ© et prĂ©sent.
Source: www.lefigaro.fr


