Fumerolles matinales, batterie en fusion et sirĂšnes convergentes : le Territoire de Belfort sâest rĂ©veillĂ©, le 12 novembre, avec un spectacle inhabituel dans la petite commune dâAnjoutey. Une voiture Ă©lectrique stockĂ©e Ă la casse automobile de la zone de la NoyĂ© a pris feu, libĂ©rant un panache noir repĂ©rable Ă plusieurs kilomĂštres. Vingt-six pompiers venus de quatre centres de secours ont Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©s sur place, sans utiliser dâeau pour limiter la pollution de la riviĂšre Madeleine situĂ©e tout prĂšs. Sept riverains incommodĂ©s, quatre hospitalisĂ©s, un vĂ©hicule rĂ©duit Ă lâĂ©tat de carcasse et, surtout, une intervention rĂ©vĂ©latrice des dĂ©fis auxquels les secours doivent dĂ©sormais faire face : voilĂ la trame dâun incident qui illustre les tensions nouvelles autour de la sĂ©curitĂ© incendie des vĂ©hicules Ă©lectriques.
En bref đ
- đ 26 pompiers engagĂ©s sur un seul dĂ©part de feu
- đ Aucune lance Ă incendie dĂ©ployĂ©e pour prĂ©server la riviĂšre Madeleine
- đš 7 personnes incommodĂ©es par la fumĂ©e, 4 transportĂ©es Ă lâhĂŽpital
- đ Risque dâemballement thermique obligeant les secours Ă laisser brĂ»ler le pack batterie
- â»ïž Casse automobile dâAnjoutey : nouveau laboratoire des enjeux de recyclage et dâincendie
- đ Lâincident relance le dĂ©bat sur la prise en charge des vĂ©hicules Ă©lectriques en fin de vie
Les défis des pompiers face aux incendies de voitures électriques dans le Territoire de Belfort
Lorsque le bip retentit au centre de secours de Belfort-Nord, les chefs dâagrĂšs savent dĂ©jĂ quâils nâauront pas affaire Ă un feu de capot classique. Le message dâalerte mentionne « batterie lithium-ion en combustion ». ImmĂ©diatement, les protocoles spĂ©cifiques aux incendies de voitures Ă©lectriques se mettent en place : combinaison maximale de protection, relevĂ© de la tempĂ©rature des modules et choix stratĂ©gique entre noyer ou contenir les flammes. La scĂšne dâAnjoutey illustre un paradoxe : Ă©teindre coĂ»te parfois plus cher â en eau et en pollution â que laisser consumer.
Le phĂ©nomĂšne, encore mĂ©connu du grand public, sâappelle lâemballement thermique. Une cellule de la batterie surchauffe, puis propage sa chaleur aux cellules voisines, crĂ©ant une rĂ©action en chaĂźne auto-entretenue. Les fumĂ©es blanches qui en rĂ©sultent contiennent des solvants inflammables et des aĂ©rosols mĂ©talliques, plus dangereux encore que le brasier lui-mĂȘme. Dans ces conditions, arroser Ă grande eau peut dissĂ©miner des particules toxiques dans lâenvironnement et ruisseler vers les nappes phrĂ©atiques.
Pour le chef de groupe prĂ©sent sur place, la dĂ©cision est claire : « on isole, on balise et on laisse la batterie se consumer sous contrĂŽle visuel ». Ce choix sâinscrit dans une doctrine plus large, dĂ©crite dans un dossier complet sur les nouveaux dĂ©fis opĂ©rationnels : privilĂ©gier la surveillance longue durĂ©e, parfois jusquâĂ 24 heures, plutĂŽt que lâextinction immĂ©diate.
Quelques facteurs clĂ©s qui compliquent lâintervention đ
- đ„ TempĂ©rature de flamme supĂ©rieure Ă 1 000 °C, difficile Ă contenir avec lâeau seule ;
- â±ïž DurĂ©e potentielle de combustion dĂ©passant 8 heures pour un pack de 75 kWh ;
- đŹïž DĂ©gagement de vapeurs toxiques (fluorure dâhydrogĂšne, solvants carbonĂ©s) nĂ©cessitant un pĂ©rimĂštre large ;
- đ± Impact environnemental accru lorsque lâeau dâextinction se charge de sels de lithium.
| ParamĂštre | VĂ©hicule thermique | VĂ©hicule Ă©lectrique | DiffĂ©rence â ïž |
|---|---|---|---|
| Temps moyen dâextinction | 25 min | 2 h 30 | Ă6 |
| Eau utilisĂ©e | 800 L | 10 000 L | Ă12 |
| Pollution des eaux | Hydrocarbures | Sels de lithium + solvants | Mix toxique |
| Risque de reprise | Faible | ĂlevĂ© sur 48 h | Surveillance |
Face Ă cette rĂ©alitĂ©, certains centres de secours expĂ©rimentent des conteneurs de quarantaine remplis dâeau, dâautres misent sur la mousse Ă bas foisonnement. Les autoritĂ©s du Territoire de Belfort Ă©valuent mĂȘme lâachat de bĂąches coupe-feu haute tempĂ©rature. Les habitants, eux, sâinterrogent : les voitures Ă©lectriques brĂ»lent-elles plus facilement ? Selon les pompiers interrogĂ©s par Auto Plus, la frĂ©quence dâincendie est comparable aux vĂ©hicules thermiques, mais la gestion est nettement plus complexe. Lâincident dâAnjoutey offre donc une leçon grandeur nature : la transition vers la mobilitĂ© Ă©lectrique sâaccompagne dâun dĂ©fi incendie Ă part entiĂšre.

Chronologie dĂ©taillĂ©e et enseignements de lâincendie dâAnjoutey đ
Mercredi 12 novembre, 9 h 33 : le responsable de la casse automobile signale un feu de voiture Ă©lectrique. Le vĂ©hicule, stationnĂ© depuis trois jours, provient dâun accident routier avec choc frontal. Son pack batterie semble intact extĂ©rieurement. Ă 9 h 37, le CTA-CODIS dĂ©clenche lâalerte gĂ©nĂ©rale « feu vĂ©hicule Ă©lectrique ». Les premiers secours arrivent Ă 9 h 46, constatent la prĂ©sence de fumĂ©e Ă©paisse et la proximitĂ© immĂ©diate de la riviĂšre Madeleine. Ils Ă©vitent dâouvrir le capot, sachant que lâapport dâoxygĂšne risquerait dâaggraver lâemballement.
Trois vĂ©hicules de pompiers encerclent la zone, dix-huit agents se rĂ©partissent : balisage, Ă©vacuation du personnel, relevĂ©s atmosphĂ©riques. Un protocole baptisĂ© « STOP » (SĂ©curiser, Tracer, Observer, ProtĂ©ger) est engagĂ©. La dĂ©cision majeure se joue Ă 10 h 03 : pas dâeau, simple confinement. Ă 11 h 15, la tempĂ©rature de surface chute sous les 250 °C, signe que la rĂ©action dĂ©cline. Ă 13 h, le feu est considĂ©rĂ© Ă©teint, sans reprise observĂ©e dans les 12 heures. Le bilan humain, sept incommodations, reste limitĂ© grĂące Ă lâĂ©vacuation rapide.
LâĂ©vĂ©nement rejoint la liste des interventions marquantes rĂ©pertoriĂ©es par le reportage de lâEst RĂ©publicain. Chaque Ă©tape offre un retour dâexpĂ©rience prĂ©cieux pour les services dĂ©partementaux dâincendie et de secours.
Ătapes clĂ©s de lâopĂ©ration âł
- đš 9 h 33 : alerte dĂ©clenchĂ©e
- đ 9 h 46 : arrivĂ©e des premiĂšres unitĂ©s
- đ 10 h 03 : choix du confinement sans eau
- đĄïž 11 h 15 : baisse de tempĂ©rature
- âïž 13 h 00 : fin de la combustion active
| Ressource | QuantitĂ© | RĂŽle principal đ€ |
|---|---|---|
| Fourgon pompe-tonne | 2 | Balisage et ventilation |
| Camion-citerne | 1 | Réserve en cas de propagation |
| Ambulance | 2 | Prise en charge des victimes |
| Drone thermique | 1 | Suivi de la température |
En dĂ©pit de la rĂ©ussite globale, trois points de friction sont identifiĂ©s : lâabsence dâextincteur Ă poudres spĂ©cifiques dans la casse, le manque de clĂŽture haute empĂȘchant les curieux de sâapprocher, et lâinformation tardive des riverains. Ces Ă©lĂ©ments alimentent dĂ©sormais le plan dâamĂ©lioration continue du SDIS.

Zoom sur la batterie lithium-ion : comprendre lâemballement thermique đ
Le cĆur du problĂšme se niche sous le plancher : une batterie lithium-ion composĂ©e de milliers de cellules cylindriques ou prismatiques. Chaque cellule contient un Ă©lectrolyte organique inflammable. Lorsquâun court-circuit interne survient, la tempĂ©rature grimpe Ă 150 °C, dĂ©clenchant la dĂ©composition de lâĂ©lectrolyte qui libĂšre des gaz combustibles. Le seuil critique, autour de 250 °C, provoque une rĂ©action exothermique impossible Ă enrayer sans refroidissement massif. Câest lâemballement thermique.
Des constructeurs testent dĂ©sormais des Ă©lectrolytes solides ou des additifs ignifuges. NĂ©anmoins, la masse totale dâĂ©nergie stockĂ©e continue de croĂźtre car lâautonomie exigĂ©e par les utilisateurs grimpe elle aussi. Ce paradoxe technologique impose de nouvelles rĂšgles dâatelier : par exemple, stocker les Ă©paves dans des racks mĂ©talliques isolĂ©s, installer des bacs de rĂ©tention sous chaque vĂ©hicule et surveiller la tempĂ©rature via des capteurs IoT.
Comment la chimie influe sur le risque đ§Ș
- đč NMC (nickel-manganĂšse-cobalt) : forte densitĂ© Ă©nergĂ©tique, risque thermique Ă©levĂ©
- đž LFP (lithium-fer-phosphate) : tempĂ©rature dâemballement supĂ©rieure, mais capacitĂ© moindre
- đą Sodium-ion : en phase pilote, moins inflammable mais encore lourd
| Chimie | T° emballement | DensitĂ© Wh/kg | Indice risque đ„ |
|---|---|---|---|
| NMC 811 | 210 °C | 265 | ĂlevĂ© |
| LFP | 270 °C | 160 | Moyen |
| NCA | 200 °C | 250 | ĂlevĂ© |
| Sodium-ion | 300 °C | 110 | Faible |
Les acheteurs peuvent orienter leur choix vers des vĂ©hicules mieux protĂ©gĂ©s. Un guide publiĂ© rĂ©cemment recense un classement des batteries les plus durables. Ce type dâinformation devient crucial pour les assureurs, qui modulent dĂ©sormais leurs primes en fonction de la chimie embarquĂ©e.
StratĂ©gies dâintervention des secours et innovations en 2025 đ
Partout en France, les SDIS expĂ©rimentent de nouveaux outils. Le Territoire de Belfort, souvent en pointe, a lancĂ© un partenariat avec lâUniversitĂ© de Technologie de Belfort-MontbĂ©liard pour tester des caissons de refroidissement portatifs. Le principe : glisser la batterie fumante dans un coffre isolĂ©, injecter un gel rĂ©frigĂ©rant et transporter lâensemble vers un site sĂ©curisĂ©. Lâobjectif : rĂ©duire lâempreinte hydrique et Ă©viter la contamination des cours dâeau.
ParallĂšlement, les fabricants dĂ©veloppent des fusibles pyrotechniques capables de dĂ©coupler la batterie dĂšs quâun choc est dĂ©tectĂ©. Les rĂ©sultats prĂ©liminaires montrent une baisse de 40 % des dĂ©parts de feu aprĂšs accident. Les rĂšgles dâhomologation devraient intĂ©grer ces dispositifs, tout comme le malus Ă©cologique : le nouveau barĂšme du malus 2025 inclut dĂ©jĂ un bonus pour les packs Ă Ă©lectrolyte solide.
Outils innovants Ă lâessai đ ïž
- đ§ Caisson rĂ©frigĂ©rant mobile
- đŠ CamĂ©ras thermiques connectĂ©es 5G
- đĄïž BĂąches coupe-feu en fibre de silice
- â»ïž Conteneurs dâimmersion avec filtration des eaux
| Dispositif | Avantage | Limite đ€ |
|---|---|---|
| Caisson gel | Refroidit sans eau | Coût élevé |
| Drone thermique | Suivi sans risque | Autonomie 30 min |
| Bache fibre silice | Isolement rapide | Poids 40 kg |
| Immersion filtrĂ©e | Ălimine reprise | Logistique lourde |
Les pompiers restent toutefois lucides : aucune solution miracle nâexiste. Plusieurs retours dâexpĂ©rience europĂ©ens sont disponibles, notamment via une analyse des stratĂ©gies françaises. Ă Anjoutey, lâexercice grandeur nature validera peut-ĂȘtre lâachat dâun conteneur dâimmersion avant la fin de lâannĂ©e.

PrĂ©vention et bonnes pratiques pour casses automobiles et usagers đĄïž
Le dernier maillon de la chaĂźne de sĂ©curitĂ© appartient aux exploitants de casses et aux propriĂ©taires de vĂ©hicules. Les centres de dĂ©construction gĂšrent dĂ©sormais un flux croissant de voitures Ă©lectriques accidentĂ©es ou vieillissantes. La rĂ©glementation impose une zone Ă©tanche de stockage, mais la mise en Ćuvre reste hĂ©tĂ©rogĂšne. Le SDIS recommande un espacement minimal de 6 m entre les Ă©paves Ă©lectriques et thermiques, un sol bĂ©tonnĂ© avec rigoles de rĂ©cupĂ©ration et un systĂšme de vidĂ©osurveillance thermique 24/7.
Pour les particuliers, la prĂ©vention commence par un simple regard : un cĂąble de recharge endommagĂ©, une odeur dâĂ©lectrolyte ou une fissure du pack sous la voiture doivent dĂ©clencher une visite immĂ©diate chez un professionnel. Un rappel rĂ©cent de 30 000 vĂ©hicules dĂ©montre que la sĂ©curitĂ© batterie nâest pas un dĂ©tail mais un enjeu grand public. Les passionnĂ©s qui suivent lâactualitĂ© des voitures Ă©lectriques savent dĂ©jĂ quâune batterie affichant un dĂ©faut doit ĂȘtre traitĂ©e comme un produit chimique dangereux.
Checklist propriĂ©taire avant de prendre la route â
- đïž Inspecter visuellement la batterie et le cĂąble
- âïž VĂ©rifier les mises Ă jour logicielles sĂ©curitĂ©
- đĄïž ContrĂŽler les alertes de tempĂ©rature sur lâapplication
- đ Garder un extincteur classe D Ă portĂ©e
- đ Contacter les secours dĂšs la moindre fumĂ©e
| Action | Fréquence | Outils recommandés 𧰠|
|---|---|---|
| Inspection visuelle | Hebdomadaire | Lampe LED, gants |
| Diagnostic OBD | Mensuel | Scanner OBD-II |
| Nettoyage connecteurs | Trimestriel | Bombe Ă air sec |
| ContrĂŽle mise Ă jour BMS | Semestriel | Application constructeur |
Les exploitants de casses, quant Ă eux, peuvent se rĂ©fĂ©rer Ă ce guide professionnel sur les feux de voitures Ă©lectriques qui dĂ©crit pas Ă pas la mise en sĂ©curitĂ© dâun vĂ©hicule endommagĂ©. Certains envisagent dĂ©jĂ dâinvestir dans des bassins dâimmersion dĂ©diĂ©s, Ă lâinstar de la casse dâAnjoutey suite Ă lâincident.
Pourquoi les pompiers dâAnjoutey nâont-ils pas utilisĂ© dâeau ?
Lâutilisation de grandes quantitĂ©s dâeau risquait de polluer la riviĂšre Madeleine toute proche. De plus, lâemballement thermique dâune batterie lithium-ion peut reprendre mĂȘme aprĂšs refroidissement, dâoĂč le choix de contenir le feu plutĂŽt que de lâĂ©teindre brutalement.
Une voiture Ă©lectrique brĂ»le-t-elle plus souvent quâun vĂ©hicule thermique ?
Les statistiques actuelles montrent un taux dâincendie similaire, mais la gestion est plus complexe en raison de la batterie. La perception de risque est donc plus forte alors que la frĂ©quence reste comparable.
Que faire si de la fumée blanche sort de la prise de recharge ?
Ăloignez-vous immĂ©diatement, appelez le 18 ou le 112 et mentionnez quâil sâagit dâun vĂ©hicule Ă©lectrique. Nâessayez pas dâouvrir le capot ni de dĂ©brancher le cĂąble : lâemballement thermique pourrait sâaggraver au contact de lâoxygĂšne.
Comment stocker une épave électrique en toute sécurité ?
Placez-la sur un sol bétonné, à distance des autres véhicules, avec un bac de rétention en dessous. Installez un capteur thermique connecté pour surveiller toute montée de température prolongée.
Existe-t-il des extincteurs adaptés aux batteries ?
Oui, les extincteurs classe D au carbonate ou au chlorure de sodium se montrent efficaces sur les feux mĂ©talliques, mais leur usage reste limitĂ© Ă un dĂ©but dâincident. Les pompiers possĂšdent Ă©galement des lances Ă eau refroidie ou des mousses spĂ©cifiques.
Source: www.estrepublicain.fr


