Les derniers propos du dirigeant de ZF jettent un froid sur lâensemble de la filiĂšre : il anticipe une envolĂ©e record des immatriculations en 2033-2034, suivie dâun vĂ©ritable trou dâair dĂšs 2035. Entre euphorie de fin de course pour le moteur thermique et brusque retour Ă la rĂ©alitĂ© Ă©lectrique, lâindustrie automobile europĂ©enne se prĂ©pare Ă un grand huit inĂ©dit.
- đ Demande dopĂ©e jusquâen 2034, particuliĂšrement sur les hybrides.
- â°ïž PrĂ©cipice anticipĂ© en 2035, avec une chute de production Ă©valuĂ©e Ă plus de 30 %.
- đ Ăquipementiers comme ZF, Valeo ou Michelin pris en Ă©tau entre investissements massifs et baisse de volume.
- đ Constructeurs français : Peugeot, Renault, CitroĂ«n, DS Automobiles et Alpine cherchent Ă amortir le choc.
- đ± Pression rĂ©glementaire et attentes Ă©cologiques renforcent lâurgence dâun modĂšle durable.
Sommaire
- Flambée attendue des ventes automobiles avant 2035 : causes et mécanismes selon ZF
- Puiser dans lâhistoire des transitions pour comprendre le dĂ©clin annoncĂ©
- Quel impact sur les équipementiers : ZF, Valeo, Michelin et les autres
- Constructeurs face au défi : Peugeot, Renault, Citroën et la riposte française
- Consommateurs, emploi, environnement : le triple choc de la fin du thermique
- ScĂ©narios dâavenir aprĂšs 2035 : pistes pour un redĂ©marrage durable du secteur
Flambée attendue des ventes automobiles avant 2035 : causes et mécanismes selon ZF
Lâalerte vient dâun acteur qui connaĂźt la chaĂźne de valeur sur le bout des doigts. ZF, numĂ©ro deux mondial des transmissions, gĂšre dĂ©jĂ une rĂ©duction de voilure de 14 000 postes en Allemagne. Holger Klein, son dirigeant, Ă©voque un pic historique des ventes en 2033-2034. Pourquoi ? Plusieurs ressorts se combinent.
Tout dâabord, la psychologie dâanticipation. DĂšs quâun consommateur craint de perdre lâaccĂšs Ă une technologie quâil juge pratique, il se rue dessus. Les files dâattente observĂ©es avant chaque hausse de malus en France illustrent ce rĂ©flexe. Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, la fin officielle du thermique attisĂ©e par Bruxelles joue le mĂȘme rĂŽle de compte Ă rebours.
Ensuite, la fenĂȘtre fiscale. Tant que les Ătats nâont pas modifiĂ© leurs bonus, les particuliers profitent dâun avantage financier. Les professionnels se dĂ©pĂȘchent Ă©galement de placer leurs commandes afin dâamortir lâinvestissement avant la bascule.
Le fondateur de ZF sâappuie sur des prĂ©cĂ©dents rĂ©cents : lorsque lâAllemagne a stoppĂ© net ses subventions VE en 2024, les ventes dâĂ©lectriques ont bondi de 60 % dans les trois mois prĂ©cĂ©dents, avant de sâeffondrer de 50 % lâannĂ©e suivante. Ce mouvement de prĂ©rush et de post-choc pourrait, selon lui, se reproduire en bien plus grand.
Les moteurs de la flambée
- đ Signal rĂ©glementaire : fin du thermique actĂ©e pour 2035.
- đ¶ Incitations fiscales temporaires : bonus hybrides maintenus jusquâen 2034 dans plusieurs pays.
- đ„ Peur de la pĂ©nurie : automobilistes redoutant lâattente sur des modĂšles 100 % Ă©lectriques.
- đŻ Marketing offensif : remises construites sur le thĂšme « dernier moteur essence ».
| Facteur | Impact sur les ventes | IntensitĂ© 2023-2034 đ„ |
|---|---|---|
| Bonus hybrides | +12 % dâimmatriculations | đ„đ„ |
| Peurs dâinterdiction | +9 % | đ„đ„đ„ |
| Financement Ă taux zĂ©ro | +5 % | đ„ |
Pour valider ses estimations, ZF recoupe donnĂ©es internes et Ă©tudes externes disponibles dans ce rapport sur ses pertes rĂ©centes. Une corrĂ©lation directe apparaĂźt : plus la crise Ă©conomique sâintensifie, plus lâachat « de prĂ©caution » avant 2035 se durcit.
Les remontĂ©es terrain venues de concessionnaires Renault et Peugeot confirment cette tension : les listes dâattente se rallongent dĂ©jĂ pour certains blocs essence de haute performance. MĂȘme Bugatti, pourtant trĂšs exclusif, observe une accĂ©lĂ©ration des demandes de ses modĂšles W16 « final edition ».
Lâensemble de ces signaux valide le scĂ©nario dâune courbe en cloche. Mais la crĂȘte prĂ©cĂšde un ravin : 2035 risque de dĂ©marrer avec des chaĂźnes dâassemblage tournant au ralenti. Ce gouffre alimente la peur chez les Ă©quipementiers, thĂšme de la partie suivante.

Puiser dans lâhistoire des transitions pour comprendre le dĂ©clin annoncĂ©
Le secteur automobile nâest pas le premier Ă traverser une mutation technologique brutale. LâĂ©tude des rĂ©volutions antĂ©rieures offre des repĂšres utiles. La bascule du charbon vers le pĂ©trole au dĂ©but du XXe siĂšcle, ou la disparition du tĂ©lĂ©phone filaire au profit du mobile illustrent la violence dâune rupture rĂ©glementaire combinĂ©e Ă un progrĂšs technique.
Dans ces deux cas, un moment de âdouble productionâ survient : les acteurs continuent dâinvestir sur lâancien modĂšle pour rĂ©pondre Ă une demande rĂ©siduelle, tout en injectant massivement dans la nouveautĂ©. La marge fond, les stocks gonflent, puis la chute sâaccĂ©lĂšre quand le consommateur tourne la page.
Comparaison avec la transition mobile
- đ 1997-1999 : vente record de tĂ©lĂ©phones filaires, prĂ©cipitĂ©e par des promotions âdernier combinĂ©â.
- đ¶ 2000-2002 : effondrement rapide, â70 % en deux ans.
- â Leçon clĂ© : les industriels qui nâavaient pas dĂ©veloppĂ© le mobile avant 1999 ont disparu.
| Secteur | Ancienne technologie | Nouvelle | DĂ©lai dâadoption â±ïž |
|---|---|---|---|
| Télécom | Fixe | Mobile | 5 ans |
| Ănergie | Charbon | PĂ©trole | 8 ans |
| Automobile | Thermique | Ălectrique/HydrogĂšne | ? |
Le parallĂšle tĂ©lĂ©com convainc Holger Klein : sans relais sĂ©rieux vers lâĂ©lectrique, les groupes basĂ©s sur lâessence finiront en difficultĂ© de trĂ©sorerie dĂšs 2036. Dans une interview relayĂ©e par MSN, il pointe un dĂ©lai de deux ans pour que la bulle se dĂ©gonfle intĂ©gralement.
Le dĂ©nouement pourrait cependant diverger, car lâautomobile possĂšde un rĂ©seau dâaprĂšs-vente lourd, une durĂ©e de vie longue pour les vĂ©hicules et des infrastructures variĂ©es (stations-service gĂ©rĂ©es par TotalEnergies, bornes publiques, etc.). Ce maillage amortira peut-ĂȘtre la descente.
Le facteur réglementaire
Au royaume des normes, la date symbolique de 2035 nâest pas gravĂ©e dans le marbre. Le lobbying de Mercedes et dâautres constructeurs a dĂ©jĂ repoussĂ© certains points techniques. Un article dĂ©taillĂ© le dĂ©crit : lâimploration de Bruxelles sur les hybrides. La possibilitĂ© dâun compromis prolongeant la cohabitation moteur hybride/Ă©lectrique ne peut donc ĂȘtre Ă©cartĂ©e. Une nouvelle fenĂȘtre de grĂące retarderait, mais nâannulerait pas, la phase de contraction.
Comme souvent, lâhistoire montre que les champions survivent sâils lisent correctement la courbe S de lâinnovation : reconnaĂźtre le sommet, prĂ©parer la vallĂ©e, ressortir plus haut. La suite explore comment cette stratĂ©gie se traduit chez les Ă©quipementiers.
Quel impact sur les équipementiers : ZF, Valeo, Michelin et les autres
Les Ă©quipementiers se trouvent Ă la croisĂ©e des chemins. Ils supportent les investissements lourds des constructeurs sans bĂ©nĂ©ficier de la mĂȘme notoriĂ©tĂ©. La perte dâ1 milliard dâeuros annoncĂ©e par ZF en 2024, documentĂ©e par Zone Bourse, illustre la fragilitĂ© du modĂšle.
Chez Valeo, la rĂ©organisation vers les radars et les capteurs est prĂ©sentĂ©e comme la planche de salut. Le fournisseur français parie sur 65 % de chiffre dâaffaires liĂ© Ă lâassistance de conduite dâici 2030. Michelin, de son cĂŽtĂ©, accĂ©lĂšre la diversification vers lâhydrogĂšne, avec des piles Ă combustible pour poids lourds.
Les zones de risque
- âïž Surcharges dâoutillage : lignes converties au thermique restant sous-utilisĂ©es.
- đ° Endettement : ZF affiche dĂ©jĂ 12 milliards ⏠de dette nette.
- đ·ââïž Social : 14 000 postes supprimĂ©s, selon LâUsine Nouvelle.
- đ Concurrence asiatique : BYD, CATL ou encore Xiaomi qui prĂ©pare son entrĂ©e.
| Entreprise | Chiffre dâaffaires 2024 (Mrd âŹ) | Parts liĂ©es au thermique | Plan social đ |
|---|---|---|---|
| ZF | 43 | 52 % | -14 000 |
| Valeo | 21 | 39 % | -1 900 |
| Michelin | 28 | 48 % | -2 300 |
La clĂ© repose sur la capacitĂ© dâinnovation. ZF pousse une boĂźte de vitesses âuniverselleâ pour utilitaires Ă©lectriques, Valeo assemble un moteur axial lĂ©ger, Michelin prĂ©pare le pneu recyclable sans air. Bugatti reste, lui, client premium pour des composants ultra-spĂ©cifiques, mais volume faible.
La pression est aussi financiĂšre. Des articles comme celui des Ăchos soulignent la tension : renĂ©gociation de prĂȘts, recherche dâalliances. TotalEnergies devient partenaire de ZF sur la rĂ©cupĂ©ration dâĂ©nergie cinĂ©tique, pratiquement une premiĂšre pour un pĂ©trolier. Croisement de compĂ©tences ou mariage de raison ? Lâavenir le dira.

Constructeurs face au défi : Peugeot, Renault, Citroën et la riposte française
Les marques hexagonales refusent de subir. Peugeot annonce une plate-forme âSLPâ 700 volts dĂšs 2026 ; elle couvrira du SUV urbain Ă la berline familiale. Renault parie sur Ampere, sa filiale Ă©lectrique, et signe un partenariat avec Alpine pour le chĂąssis lĂ©ger composite. CitroĂ«n, plus populaire, joue la carte de la sobriĂ©tĂ© : un habitacle recyclĂ© Ă 70 % et des autonomies plus modestes.
Les leviers français
- đ Plate-formes communes : rĂ©duction des coĂ»ts de 20 %.
- đ ïž RĂ©seau aprĂšs-vente dense : 5 200 garages agréés.
- đ«đ· Soutien Ă©tatique : bonus jusquâĂ 7 000 ⏠pour un vĂ©hicule produit en France.
- đ€ Consortia batteries : projet Verkor-Renault, gigafactory Ă Dunkerque.
| Marque | ModĂšle phare 2034 â | Prix estimĂ© (âŹ) | Autonomie WLTP đ |
|---|---|---|---|
| Peugeot | e-408 | 39 900 | 550 km |
| Renault | Scénic E-Tech | 37 000 | 610 km |
| Citroën | ë-C4 Air | 32 500 | 480 km |
Pour ne pas revivre les affres de 2012, le gouvernement mise sur le âcontrat de transition justeâ. Il limite les fermetures dâusine par un accompagnement financier, mais conditionne lâaide Ă la conversion Ă©cologique. Les salariĂ©s de lâancienne chaĂźne diesel de TrĂ©mery passent sur la nouvelle batterie prismatique NMC, exemple concrĂ©tisĂ© en Lorraine.
La communication sâappuie sur des relais grand public. La presse sportive cĂ©lĂšbre lâAlpine A110 Ă©lectrique lors du rallye des Villettes, racontĂ© ici : une copilote de 19 ans. LâidĂ©e : montrer que lâĂ©lectrique peut aussi rimer avec passion.
Consommateurs, emploi, environnement : le triple choc de la fin du thermique
Le dĂ©bat ne se limite pas Ă la finance des groupes. Trois cercles concentriques se superposent : le porte-monnaie des mĂ©nages, lâemploi industriel et lâimpact carbone rĂ©el.
Effet sur le consommateur
- đž Inflation âverteâ : la moyenne dâachat bondit de 3 000 ⏠en trois ans.
- âł Temps de recharge : 27 minutes en moyenne sur borne rapide ; psychologiquement long.
- đ ïž PiĂšces dĂ©tachĂ©es en dĂ©clin : risque de raretĂ© sur les filtres Ă particules aprĂšs 2035.
| Poste de dĂ©pense | Thermique 2024 | Ălectrique 2024 | Ăcart đ |
|---|---|---|---|
| Carburant / kWh | 1 800 âŹ/an | 900 âŹ/an | -50 % |
| Entretien | 700 ⏠| 300 ⏠| -57 % |
| Assurance | 600 ⏠| 650 ⏠| +8 % |
CĂŽtĂ© emploi, les Ă©tudes de lâACEA estiment 275 000 postes menacĂ©s en Europe. Lâarticle de Le Monde confirme la crainte, notamment dans les fonderies et la filtration.
Sur lâenvironnement, le bilan des hybrides rechargeables divise. Une enquĂȘte indĂ©pendante publiĂ©e sur Sodimac-Boutique montre que certains conducteurs roulent 70 % du temps au moteur thermique, annulant le gain COâ. Bruxelles pourrait rĂ©viser le calcul WLTP dĂšs 2027 pour reflĂ©ter la rĂ©alitĂ© dâusage.
Cas dâĂ©cole : le marchĂ© de lâoccasion
Quand la production neuve plonge, le marchĂ© secondaire rĂ©agit. Depuis 2023, les prix de lâoccasion ont chutĂ© de 15 %. Lâanalyse de cette baisse Ă©clair est dĂ©taillĂ©e ici : Ă©tude sur la dĂ©cote. La valeur rĂ©siduelle deviendra un paramĂštre dĂ©cisif pour la location longue durĂ©e, trĂšs prisĂ©e par les mĂ©nages.

ScĂ©narios dâavenir aprĂšs 2035 : pistes pour un redĂ©marrage durable du secteur
La prĂ©vision alarmante nâest pas une fatalitĂ©. Plusieurs trajectoires sâoffrent au secteur pour renouer avec une croissance responsable.
HydrogÚne, batterie solide, mobilité partagée
- đ HydrogĂšne lourd : segment poids lourds, bus et utilitaires longue distance.
- đ Batterie solide : densitĂ© doublĂ©e, temps de charge rĂ©duit Ă 10 minutes.
- đ€ Covoiturage et abonnement : modĂšle de service, non de possession.
| Technologie | MaturitĂ© 2025 | CapacitĂ© 2035 | Potentiel đź |
|---|---|---|---|
| Batterie solide | Prototype | Production | ââââ |
| HydrogĂšne | Pilote | Commercial | âââ |
| MobilitĂ©-service | DĂ©ploiement | Massif | âââââ |
Plus terre-Ă -terre, la revalorisation des mĂ©taux sera centrale. Avec la bonne filiĂšre, un pack batterie pourrait atteindre 95 % de recyclabilitĂ©. Lâagence europĂ©enne Raw Materials prĂ©voit mĂȘme une indĂ©pendance au lithium Ă horizon 2038.
Sur la gouvernance, un audit publiĂ© par Sodimac rappelle la nĂ©cessitĂ© dâune transparence renforcĂ©e : contrĂŽles sur les crĂ©dits carbone, bilans vĂ©rifiĂ©s. Un Ă©niĂšme scandale minerait la confiance indispensable Ă la renaissance post-2035.
Enfin, la culture automobile doit Ă©voluer. Le feu spectaculaire au dĂ©pĂŽt prĂšs de Montpellier (incident signalĂ©) rappelle une vĂ©ritĂ© simple : la sĂ©curitĂ© est au cĆur de lâacceptation sociale. Les futurs modĂšles devront rassurer autant sur la protection incendie que sur lâempreinte carbone.
En dĂ©finitive, prĂ©parer lâatterrissage brutal annoncĂ© par ZF nâexclut pas dâimaginer le rebond. Lâhistoire industrielle montre que ceux qui marient anticipation et agilitĂ© transforment les crises en tremplins.
Pourquoi ZF parle-t-il d’un pic en 2033-2034 ?
Selon le dirigeant, la combinaison d’incitations fiscales, de la fin programmĂ©e du thermique et d’une peur de la pĂ©nurie crĂ©e un effet d’aubaine qui dope les achats juste avant 2035.
Le marchĂ© s’effondrera-t-il vraiment en 2035 ?
La chute paraĂźt inĂ©vitable en comparaison avec les deux annĂ©es d’euphorie prĂ©cĂ©dentes. Cependant, un effondrement total reste peu probable grĂące aux relais Ă©lectriques, Ă l’hydrogĂšne et Ă la mobilitĂ© partagĂ©e.
Quels emplois sont les plus menacés ?
Les lignes d’usinage de blocs moteurs, les fonderies et la production de systĂšmes d’Ă©chappement figurent parmi les mĂ©tiers les plus exposĂ©s.
Les constructeurs français sont-ils prĂȘts ?
Peugeot, Renault, CitroĂ«n, DS Automobiles et Alpine ont dĂ©jĂ basculĂ© la majoritĂ© de leurs investissements vers l’Ă©lectrique, mais leur rentabilitĂ© dĂ©pendra de volumes suffisants et d’un rĂ©seau de recharge Ă©tendu.
L’hybride rechargeable restera-t-il pertinent aprĂšs 2035 ?
Tout dĂ©pendra de la rĂ©glementation europĂ©enne. Si elle conserve un avantage fiscal, l’hybride pourrait durer. Sinon, il deviendra un segment de niche ou un marchĂ© secondaire.
Source: www.automobile-magazine.fr


